Dialogues par e-mail avec James 2
S’il te plaît, donne-moi un exemple. Ces émotions (négatives) crée/maintiennent l’identité et quand tu fais le travail juste sur elle, elles sont un levier pour se débarrasser de l’identité.
Mon ex-épouse a la garde de notre fils. Elle m’accusât de prendre parti pour lui et de ne pas appuyer se décisions à elle, puis elle commença à m’attaquer verbalement. Tout ce scénario me mit dans une colère extrême, cependant que simultanément je me sentais désolé et compréhensif vis-à-vis de mon fils. J’ai éprouvé de la colère, je l’ai observée, puis je l’ai laissé partir, jetée à la poubelle.
Excellent. Et tu écrit cela comme si c’était facile. Comment diable arrives-tu à faire cela (laisser partir la colère) si facilement ? Et est-elle partie réellement ou l’as-tu simplement mise sous le tapis ?
Ce n’était pas facile au début. Cela m’a demandé du temps et des efforts pour apprendre à voir la colère plutôt que de me trouver entraîné dans l’épreuve de la colère. J’ai appris à réaliser que la colère ne m’est d’aucun bénéfice, ni émotionnel, ni physiologique, ni psychologique. En fait, le problème n’est pas la colère par elle-même, mais le fait de s’y accrocher.
Je sent qu’elle s’en est réellement allée et que je ne l’ai pas mise sous le tapis.
Je suis OK avec la manière dont tu gère la situation.
OK.
J’ai continué à ressentir de la sympathie pour mon fils et sa situation mais peu après j’ai éprouvé de l’inquiétude et occasionnellement de l’anxiété du fait de sa situation. Cette inquiétude et cette anxiété ont fait surface souvent durant l’année. Chaque fois je m’autorise à éprouver des émotions, je les observe puis je les met au rebut. J’espère que cela aide.
Pour ce qui est important, c’est un bon garçon. Je suis fier de lui.
S’il te plaît, liste les sujets qui sont toujours difficiles à accepter.
La peur est une émotion ou peut-être un sujet que, je crois, j’évite plutôt que de l’accepter. Peur de quoi, je ne suis pas certain. Succès, échec, humiliation sont des possibilités, bien que je ne suis pas certain de ce dont j’ai peur. A certains moments j’ai même pensé que je craignais ce que je cherchais (la dissolution de l’identité). Je me souviens que quand je prenais des hallucinogènes, la peur entrait toujours en compte.
La peur doit être traitée comme une résistance à vivre une souffrance nécessaire. Chaque fois qu’il y a de la peur, cela cache de la souffrance (nécessaire en général) sauf si c’est une peur instinctive devant un danger imminent.
S’il te plaît, vérifie si cela s’applique à ton cas.
Oui, je pense que c’est ça. Certaines situation qui impliquent une autopromotion me sont difficiles. Par exemple, j’ai évité d’affronter des groupes de gens (dans le but d’améliorer ma pratique). Cela ressemble à une peur inconnue.
OK, nous vérifierons cela plus tard.
Veux-tu dire que cela est désirable ou que cela est à abandonner ?
S’il te plaît, dis-moi exactement à quoi se réfère le mot “cela” dans ta question.
Cela se réfère à ta phrase : “D’autre part, le sur l’acceptation de la souffrance d’accepter la réalité et de ne pas remettre en cause la situation est un levier pour diminuer l’impact de l’identité.”
Il est désirable d’accepter la souffrance résultant de l’acceptation de la réalité et ceci sans remettre en cause la situation qui se présente. Il me semble que dans ton cas tu n’est pas en contact avec la souffrance d’accepter la réalité qui serait de la souffrance nécessaire.
Je ne le vois pas comme ça, cependant je respecte et accorde de la valeur à tes observations et donc je surveillerai cela (le fait de ne pas être en contact avec la souffrance d’accepter la réalité).
Oui, cela m’étonne profondément. J’ai encore des difficultés à saisir la manière dont tu traite les émotions négatives. S’il te plaît, vérifie en toi-même.
Je vérifierais… Je ne traite pas les émotions négatives différemment des émotions positives.
Peut-être le “problème” est là. Les émotions désagréables créent et maintiennent l’identité, et il n’y a pas d’”émotions positives” à ce niveau. Elles ne sont pas la contrepartie des émotions négatives.
Toutes les émotions qui ne sont pas des émotions négatives viennent de la valeur de base (à moins qu’elles ne soient créées par l’identité comme cela arrive dans le cas des concepts et les croyances), et il n’y a aucun besoin de les “créer” ou de travailler sur elles dans mon enseignement. Je ne les appellerais même pas émotions positives, mais plutôt émotions tout court ou émotions naturelles. Les émotions authentiques ne peuvent être cultivées ou créées, elles apparaissent ou pas.
C’est la véritable Quatrième Voie, n’est ce pas ?
La réponse à cette question est sans utilité.
Ce qui importe est que tu comprennes cela et les conséquences qui en découlent.
Y a-t-il un résistance à comprendre cela et/ou à agir d’après cette compréhension ?
Pas une résistance, juste une question. Une tentative de comprendre tout ce que je peux de toi. L’autre jour tu citais ‘The Fourth Way’ d’Ouspensky. Bien qu’en ayant déjà un exemplaire (rangé dans une boite dans le garage), je l’ai racheté plutôt que de fouiller de nombreuses boites pour le retrouver. Je tente d’en apprendre le plus possible, particulièrement sur des concepts tels que les émotions négatives, qui sont á l’évidence, importants dans ton enseignement.
Pas en général, mais dans ton cas, oui.
OK.
Gurdjieff et Ouspensky sont ceux par qui j’ai commencé, il y a quelque 35 ans. J’ai oublié une grande partie de leur enseignement. Et j’ai réalisé avec intérêt ces derniers jours, que ma compréhension (ou mon manque de compréhension) d’alors s’est modifié, maintenant, 35 ans plus tard.
Les émotions se manifestent différemment. Pour moi, négatif et positif sont seulement deux polarités d’une même chose, en l’occurrence, l’émotion. Je sais cela émotionnellement, psychologiquement et physiquement, les émotions positives ont un effet bénéfique sur le système corps/esprit tandis que les émotions négatives ont un effet délétère sur celui-ci. Cependant, les deux sont de simples émotions. Et j’ai appris à accepter les émotions négatives presque de la même manière que les positives. Il y a moins de résistance envers les négatives qu’il n’y en avait dans le passé. Et j’ai appris à générer intentionnellement les émotions positives.
De la manière dont je comprends ce que tu viens d’écrire, il y a pour moi des indices que quelque chose va de travers (pas objectivement bien sûr, mais en relation avec ton projet de libération).
Mais ce n’est encore qu’une hypothèse. J’essaye encore de comprendre la manière dont tu gère les émotions.
Je comprends maintenant qu’il y a souffrance lorsque tu acceptes la réalité de choses qui vont de travers.
Pourrais-tu décrire ce genre de souffrance ? Tu ressens cela comment ?
Parfois c’est comme si j’étais perdu, parfois comme si j’étais seul, parfois comme si j’étais vidé de mon énergie. C’est difficile à décrire. Cela se manifeste souvent par de l’anxiété ou du souci (habituellement au sujet de mes fils, parfois au sujet de l’avenir).
Peut-être ceci aide-t-il ou a quelque rapport :
Il y a deux ans et demi, alors que j’étais en train de changer de métier, pensant et sentant que tout allait bien, j’ai été frappé par la première d’une nombreuse série d’attaque de panique. Je suis sûr qu’avec ton expérience, tu es familiarisé avec cela (sinon, je peux te fournir plus de détails). Inutile de dire que mon monde commençait à rétrécir, et ces attaques de panique augmentaient en fréquence, intensité et durée. Les médecins ne me proposèrent que des médicaments et je décidais donc de prendre les choses en main et de chercher un traitement alternatif. J’ai découvert la technique HeartMath et commençait à la pratiquer. En quelques semaines je commençais à reprendre le contrôle sur ma vie et ces épisodes effrayants et débilitants diminuèrent graduellement. Je n’en ai plus eu de quelque forme que ce soit depuis environ 6 mois.
Je pense que c’est ce que j’avais besoin de savoir.
Tu dois devenir de plus en plus conscient des moments où tu n’acceptes pas la réalité et faire le travail correct immédiatement.
Ce peuvent être de tout petits événements, comme quelqu’un qui n’a pas mis une tasse à la bonne place dans la cuisine et tu ne la trouve pas immédiatement.
Il y a, tout d’abord, un rejet, une tension dans le corps quand tu es sur le point de créer la séparation ; tu dois apprendre à détecter ces signes physiques. Et ensuite, immédiatement, accepter d’accepter la situation tout en te détendant physiquement et existentiellement.
Il n’y a pas de moyen de faire ceci une fois pour toutes, cela doit être fait à chaque fois que quelque chose de ce genre arrive dans ta vie.
As-tu des questions concernant le dernier point (gérer la non-acceptation et gérer l’apparition de l’identité créant des émotions) ?
Pourrais-tu expliquer plus « gérer la non-acceptation et gérer l’apparition de l’identité créant des émotions ? »
Tout d’abord nous devons voir pourquoi tu n’est pas suffisamment en contact avec ce type d’émotions. Sinon tu ne seras pas à même de comprendre, même si j’explique plus avant.
OK.
Je pense que la différence entre souffrance utile et souffrance inutile n’est toujours pas claire pour moi. Jusqu’à présent, je pense que j’ai accepté quoi que ce soit qui se présentait. Je présume donc que j’évitais ou n’éprouvais pas ni la souffrance utile, ni la souffrance inutile. Un exemple de ceci est une relation avec une femme avec qui j’ai eu des relations intimes pendant 5 ans. Il y a quelques jours, elle m’a dit que cette relation ne marchait pas pour elle. C’est un thème récurent entre elle et moi. Dans le passé, j’ai résisté à ceci et tenté, soit de me changer moi-même pour répondre à ses attentes, soit de la convaincre que cela marchait et du fait que nous devions rester ensemble. J’ai commencé à répéter ceci encore, et après une journée de réflexion là-dessus, j’ai décidé que je créais ma propre souffrance et j’ai simplement laissé tomber. Cela est-il de la souffrance utile ou inutile ?
Pour pouvoir être capable de répondre à ta question, dis-moi d’abord à quoi exactement se réfère “Cela” ? Ou reformule la question.
”Cela” se réfère à la souffrance qui survient au cours de la dissolution de la relation. Le sentiment de perte, la perspective de perdre le confort d’avoir quelqu’un auquel je suis habitué et que j’aime dans ma vie. Dans le passé j’étais troublé par ceci et je tentais soit de changer (être plus près de ce qu’elle voulait que je sois) ou de la faire changer d’avis de façon à ce qu’elle voie que de mon point de vue, il n’y avait pas de problème. Maintenant, j’ai identifié ma souffrance comme ma résistance à la “réalité” de ce qu’elle a décidé. Pour elle, la relation ne marche plus. Je l’ai accepté, et il en résulte qu’il n’y a plus de souffrance pour moi. Est-ce de la souffrance inutile ou utile ?
Si je comprends bien, ton acceptation de la réalité de la situation coupe court à la souffrance inutile.
OK. C’est exactement ce que je sens et pense de la situation.
Je me comprends comme étant d’un côté, et le monde de l’autre, et je comprends comment je crée cette séparation entre moi et le monde extérieur.
Comment stopper ceci ?
D’abord tu dois comprendre comment et quand tu crée la séparation. Ça n’est pas présent naturellement ; c’est un mécanisme que tu as appris à mettre en place dans beaucoup de situations quotidiennes. Tu dois être vigilant pour suivre à la trace ce mécanisme dans les situations réelles de la vie, et ensuite (apprendre comment) empêcher cela de se propager dans ton système nerveux. Comme dans cet exemple de la tasse dans la cuisine.
Pourrais-tu me fournir d’autres exemples s’il te plaît ? Merci.
Tu pourrais prendre des situations qui t’énervent, qui te mettent en colère même si c’est une colère très légère. Il doit y en avoir tous les jours.
D’ac. De telles situations arrivent souvent. En regardant en arrière, mon sentiment est que je traite avec la colère, mais je peux voir rétrospectivement que je crée toujours la séparation dans mon esprit.
C’est ce que je ne comprends pas. Tu semble savoir comment ne pas exprimer les émotions négatives, comment les “transformer”, et tu me dis que tu crée encore la séparation.
Les bases de la création et du maintien de la séparation est l’expression des émotions désagréables, séparatrices.
Les émotions désagréables sont ce qui habituellement crée et accroît la séparation. Elle renforcent l’ego (moi), elles renforcent l’altérité de l’autre (lui).
OK.
Ne te mets jamais toi-même dans une situation inconfortable avant de me demander mon avis. J’ai eu des élèves qui faisaient cela de leur propre chef, et la plupart du temps cela produisait des résultats indésirables.
Cela nécessite des situations précises qui seront utiles, et c’est très difficile de le savoir pour soi-même. A partir de maintenant, lorsqu’il y a souffrance, des ennuis, de l’inconfort etc., s’il te plaît, vérifie si cela doit être accepté (souffrance utile : liée à la réalité) ou mis de côté (souffrance inutile : liée à des représentations, non-acceptation de la réalité.
A suivre…