Dans ton livre, tu parles de la faculté d’anticipation. Est ce que tu peux me donner un exemple de ce que tu veux dire ?
Quand il n’y a pas de croyances, il n’y a pas de croyance-filtres. Les perceptions entrantes sont alors traitées par la valeur de base seulement (et pas par des idées pré-conçues). La faculté d’anticipation signifie être capable de traiter toute l’information d’une manière qui corresponde à l’évolution et à l’expression de ta valeur de base.
La faculté d’anticipation est plutôt quelque chose comme « savoir » quoi (ne pas) faire à un certain moment, et ne pas « savoir » comment les choses vont évoluer.
Quand je fais l’expérience du non-moi, où était le moi avant cela ? Ce qui veut dire : si ce qui est décrit comme « moi » revient dans mon corps, où était ce « moi » auparavant ?
C’est comme si tu me demandais : « Eh, Wolfgang, la nuit dernière à 10h05 du soir, j’ai pensé à un crocodile durant 5 secondes. Où était le crocodile avant et où est-il depuis ? »
« Moi » est une invention du mental.
Alors tu veux dire que la personne qui est appelée « moi » dans mon dialogue est là seulement parce que je pense qu’elle l’est. Mais tu as encore des pensées. Qui est l’esprit qui opère derrière toutes tes pensées et actions ?
Les mots qui peuvent le pointer sont « rien » et « vide » qui produisent les pensées qui montent et les actions qui sont accomplies.
Le vide produit ta valeur de base, la plus haute valeur dans la hiérarchie de toutes tes valeurs. La valeur de base filtre tes pensées et détermine tes actions. Toutes les expressions de la valeur de base s’accompagnent d’une joie (enfantine) de jouer. Ma valeur essentielle écrit ce que j’écris.
Pas de « moi » est quelque chose qui n’a pas de signification pour moi.
Exact, ça n’en a pas. La vie simplement EST (ni vide de sens, ni pleine de sens quand le « moi » a disparu).
Le concept de « moi » ne fonctionne pas non plus. Logiquement, il n’y a aucune chose dont je pourrais dire que je le suis.
Exact. Une « non-personne ».
Aucune réponse ne convient. Finalement, je ne sais pas ce que je suis. Je ne vois pas comment quelqu’un pourrait un jour vraiment savoir qui il est.
Exact.
Sur la pratique du « je ne suis pas »: je viens juste d’avoir à travailler dessus un peu plus. C’est très difficile. Plus je voulais ressentir...
Essaie de réaliser au lieu de ressentir.
...comment ce serait de « ne pas être » ce que je regardais, plus je réalisais que je pense que je suis tout ce que je regarde. Tout son, objet ou ressenti que je remarque est moi. Je ne veux pas dire cela d’une façon existentielle. Je veux dire qu’un processus mental a lieu ici, que je suis déconnecté de tout parce que je ne peux reconnaître aucune autre chose comme ayant sa propre existence. Je me sens comme un enfant de trois ans. C’est plutôt humiliant. Alors, comment se fait-il que je prenne les choses personnellement ? Parce que je suis ces choses. Donc tout ce qui arrive, arrive à MOI.
Wolfgang, quand tu vas au cinéma (si tu y vas), est ce que tu te perds dans le film ? Peux-tu encore aller dans une transe ? Je dirais que oui. Je me demande même si ce n’est pas plus qu’une personne moyenne. Sais-tu pourquoi je dis cela ? Parce que tu n’as pas à te soucier du fait que tu seras encore là quand tu ressortiras de la transe. Est ce que mon hypothèse est exacte ?
La transe profonde n’est rien d’autre qu’une façon spécifique de traiter les états intérieurs et les processus internes. La perception pré-sensorielle n’est pas un état. Elle est toujours présente, totalement indépendante de tout état interne et de toute circonstance extérieure. Même en transe profonde, cette sorte spéciale de vigilance (qui monte lorsque le « moi » séparateur n’est plus) est présente.
Une question de plus...Est ce qu’il y a des choses qui te rendent triste ? Si oui, quoi ?
Comme tout être humain, je fais l’expérience des états internes que les êtres humains peuvent vivre, dont la tristesse. Quel que soit l’état interne qui est là, la première chose qui arrive est que je l’accepte. Je sais qu’il (comme tout) est temporaire quand j’en fais l’expérience ; et quand c’est un état désagréable, je ne souffre pas du fait qu’il est désagréable. Quand le « moi » n’est plus, le centre de sa vie n’est pas les états internes (toujours changeants), mais ce qui ne change jamais: le rien.
Tu as écrit « Les mots qui peuvent le pointer sont rien et vide qui produisent les pensées qui montent et les actions qui sont accomplies.»
D’accord. Ca se tient. Mais il est aussi possible de dire que ce vide est en fait quelque chose.
Non. Tu es en train d’essayer de faire quelque chose de rien. C’est réellement « RIEN ».
C’est quelque chose que la pensée ne peut pas saisir. La pensée ne peut pas le connaître.
Ni la pensée, ni rien d’autre ne peut le connaître.
Donc pour la pensée, cette chose impensable est (autant que la pensée puisse connaître) rien. Est ce que cette description est aussi valable ? (je ne cherche pas la sécurité dans cette question : je veux simplement comprendre la nature de la pensée).
Je préfèrerais dire : donc pour la pensée, comme pour toute autre chose, cette impensable non-chose est vraiment rien. Pensée, mental, vakog etc. ne peuvent pas représenter le vide. Toutes ces fonctions sont censées agir dans ce que j’appelle la partie fonctionnelle de la vie.
Mais comme ce non « moi » est quelque chose qui n’a pas de signification pour moi...
Exact, il n’en a pas. La vie EST, simplement (ni vide de sens, ni pleine de sens quand la croyance en « moi » a disparu).
D’accord, veux-tu dire que dans le grand arrangement des choses, il n’y a pas de but ?
Tout juste.
Quelles sont tes opinions sur la PNL ?
Autant que je puisse en juger, tout ce que Richard Bandler et les autres font aide certaines des personnes qui participent à leurs séminaires à acquérir un « moi » fort et mature et à avoir une vie meilleure que celle qu’ils avaient auparavant. Pousser l’identité pour en faire sortir le meilleur. Quand j’ai commencé à faire de la PNL il y a environ dix ans, j’ai écouté de nombreuses cassettes (audio et vidéo) de Richard Bandler et j’ai essayé de comprendre et d’intégrer son enseignement. Autant que je puisse le dire aujourd’hui, ce fut très utile pour acquérir les outils dont j’avais besoin pour découvrir et pour mettre à nu ma croyance de base.
En revenant à notre discussion sur le rien...Donc la manière dont tu fonctionnes, toutes tes actions ne sont pas issues de ta propre volonté ? Cela (cela étant rien) agit par soi-même et ton comportement est une conséquence de ça. L’ancienne entité connue en tant que « moi » n’est plus là. Ce petit « moi » a été englouti par le grand « moi » appelé le vide. Donc, en un certain sens, toutes les actions qui arrivent à travers toi sont une surprise. En même temps, il n’y a personne pour être surpris par elles. Alors, es-tu en auto-pilotage tout le temps ? Comme être dans le « courant » de façon permanente ?
Oui, surprise, étonnement sont de bons mots pour décrire ceci. Auto-pilotage, non, il y a un filtrage par la valeur de base, et j’ai l’obligation (que je pourrais refuser) d’agir selon elle.
Etre dans le « courant » ? Oui, il y a quelque chose comme un fil invisible qui semble flotter à travers le temps. Cela ne rend pas les événements prévisibles. Mais il y a des enseignements magiques (le Tchan chinois et ceux de Don Juan) qui permettent à certaines personnes exceptionnellement douées de voyager à travers le temps, etc. Le livre de Yogananda, « Autobiographie d’un yogi », se rapporte à cela. Mais je ne peux pas en dire plus car je n’ai jamais suivi un tel enseignement.
A propos de la souffrance de la croyance de base...tu as dit (je paraphrase) que ça fait partie du processus de devenir la souffrance.
Oui, il est nécessaire d’apprendre comment ne pas éviter de la ressentir quand elle remonte.
Cela arrive généralement dans les situations difficiles de la vie. Celles qui te font te sentir malheureux. Qu’y a t’il de si mal à se sentir malheureux lorsque tu as appris comment ne plus en souffrir ?
Je n’ai pas vraiment compris. Est ce que tu veux dire qu’on doit réaliser qu’en fait, on est la douleur ?
Non, ce serait un peu trop.
On réalise qu’on peut la supporter.
Oui.
Voir à travers le jeu d’inadéquation de l’ego. Réaliser qu’on peut supporter la douleur. Realiser que l’inadéquation n’est pas ma vraie nature. Peut-être qu’une stratégie qui maintient l’ego en place est de croire qu’on ne pourrait pas supporter la douleur. Ce serait une bonne raison de l’éviter.
Il semble qu’en fin de compte, tu ne puisses prendre aucune croyance avec toi. Tu dois faire le saut et c’est tout. Même l’espoir que tu seras encore là à l’atterrissage suffit à te maintenir à terre.
Exact.
Il y a de brefs instants durant lesquels je pense que je touche la surface de la croyance de base. Je décris: Parfois des choses deviennent claires pour moi et je vois que toute mon activité consistait à garder mes volets fermés pour ne pas toucher la souffrance de la croyance de base. Ce n’est pas un ressenti très agréable et je peux aussi remarquer de la peur en toile de fond. Ca a aussi une qualité très pénétrante et encore ceci : curieusement, à ces moments-là, il y a aussi un sentiment de relaxation. Je pense que le sentiment de relaxation vient du fait que mon attention est détournée du dialogue interne bla, bla, bla. Rester avec ce ressenti demande de l’attention.
Oui, très bonne compréhension. Cette forme particulière d’attention est une caractéristique très importante. A chaque fois qu’elle est là, essaie de rester avec. C’est l’un des outils de non-mental que j’ai mentionné auparavant. Gurdjieff l’appelait le rappel de soi.
Y a t’il une autre manière de faire à ce propos ? Je veux dire que je ne sais pas si je pourrais fonctionner dans le monde tout en allant plus profondément dans cette souffrance.
Aussi incroyable et même parfois miraculeux que cela paraisse, on peut fonctionner dans un monde sans croyance. La nouvelle perception est qu’il n’y a plus le sentiment de certitude que l’on pourra encore fonctionner à l’instant suivant. Plus encore: tu dois continuer à rester dans l’environnement fonctionnel pour pouvoir vivre cela. L’idée de prendre une année sabbatique et de tout laisser tomber est une idée fausse. La tension qui oblige à se réconcilier avec ce qui semble irréconciliable est très utile dans le processus.
Je peux le supporter par morceaux et quand j’ai eu le temps d’aller aussi loin que je le pouvais, mais...je suppose...je ne pourrais pas en même temps garder mes mécanismes identitaires en marche. Et si je n’étais pas capable de savoir qui j’étais, comment est ce que les choses se feraient ?
Tu n’obtiendras jamais de réponse à cette question à moins d’être vraiment dans la situation. Impossible d’être sûr à l’avance si tu pourras faire les choses. Sois prêt à prendre ce risque.
Par expérience, je peux te dire que la plupart des choses que j’ai à faire sont faites, mais je ne sais pas avant de le faire comment j’y arrive.
Le démantèlement de mon identité a été un processus qui a duré trois ans. Je me souviens qu’un jour, j’étais à la maison et je prévoyais de prendre la voiture pour aller quelquepart. Alors soudain, j’ai pensé: comment réussir à conduire ma voiture? Pas moyen de savoir à l’avance. Aussi une légère peur d’avoir complètement oublié comment conduire une voiture. Alors je suis descendu et je suis monté dans ma voiture, mais je n’ai pas su si j’étais encore capable de conduire avant de l’avoir démarrée et d’avoir trouvé que c’était encore possible.
Par ailleurs, alors que j’étais assis ici, j’ai remarqué quelque chose qui est en rapport avec ce que j’ai appelé les « mécanismes identitaires » : J’ai vu comme je pense apparaître aux autres. J’ai eu un flash rapide de ça et j’ai le sentiment que c’est un processus très complexe dont je n’étais probablement pas conscient auparavant. Est ce correct d’appeler cela un « mécanisme identitaire » ?
Quel que soit le nom que tu lui donnes, c’est subtil et créatif. Ce qui est encore plus important, c’est que tu es dans des processus personnels extrêmement profonds et utiles qui viennent des domaines de la non-identité.
Parfois, j’ai l’impulsion de tout quitter et de faire ce travail sur moi jusqu’au bout.
Ca ne serait pas une aide.
En un sens, je ressens que tout ce qui est ma vie est faux.
Tu es en contact avec ta croyance de base.
Comme je suis maintenant, je ne pourrais pas savoir ce qui est vrai. J’ai eu affaire à cela depuis ma première expérience de « non-moi ». Je ne comprends pas comment vivre la vie si elle est vécue au travers du petit « moi ».
Il est très difficile et parfois insupportable de se voir « objectivement ».
Aujourd’hui au travail, j’ai utilisé la stratégie de « laisse le moment se comprendre lui-même ». Seulement je ne ressens pas que cela pourrait s’appeler une stratégie. Je sais ce que tu veux dire par attendre. C’était simplement attendre. Attendre. Presque sans intention. Et pendant que j’attends, tout continue de toutes façons. Il semble qu’aujourd’hui était très agréable et je n’ai pas été « stressé ». C’était léger, en quelque sorte. Puis, quand j’ai quitté le travail, (presque comme une expérimentation) j’ai essayé de résoudre un problème comme je l’aurais fait habituellement. Commencer à penser de cette façon était comme endosser une armure pour aller faire du jogging. Je vais devoir continuer à attendre et voir comment vont les choses.
Ca a l’air super. C’est nouveau à chaque fois, donc tu as raison : il n’y a pas de stratégie. Il y a ouverture, être prêt, un vide qui est ouvert au prochain instant. C’est tout. Attendre sans intention, comme tu l’as dit. Et même s’il y avait du stress ou de la lourdeur, simplement ne t’en préoccupes pas. De toutes façons, ce n’est pas important.
J’étais en train de lire un livre intitulé « La fin de l’évolution » et je veux en partager un extrait avec toi :
« Il me semble que nous sommes un avec cet observateur caché jusqu’à l’âge de sept ans environ. A ce point, notre intellect commence à se former et une séparation prend place. L’enfant pré-logique est centré sur le monde du jeu qui ressemble au rêve, sans distinction claire entre soi et l’expérience. Peut-être le processus de maturation nous sépare t-il de notre partie subtile qui ressemble au rêve, afin que nous puissions (ou devions peut-être) nous identifier avec notre environnement social et développer notre intellect analytique, objectif. Le prix de la « perte de contact » peut mener à cette aliénation et à ce sentiment de solitude si poignant chez l’adolescent. Une telle séparation n’est sûrement pas destinée à être permanente, et la ré-union avec notre observateur caché peut être une part importante de la véritable maturation. »
Est ce que ça n’a pas l’air très semblable à ta propre hypothèse ?
Si, absolument.
Quelquechose d’autre que j’ai lu dans le même livre et sur lequel j’ai réfléchi...
« La nature déploie notre intelligence en nous-mêmes pour notre développement au moment approprié. De même que steak et champagne ne constituent pas un déjeuner adéquat pour un bébé dépourvu de dents et que le lait de la mère n’est pas du tout l’alimentation d’un adolescent, notre nourriture développementale est également spécifique. Nous pouvons échouer à nourrir une intelligence en la poussant trop tôt, en attendant trop longtemps, ou simplement en l’ignorant. Le fait d’être de façon inhérente un potentiel n’est pas une garantie de sa réalisation effective. »
Est ce que tu es d’accord avec cela ? Cela rend l’évolution similaire à un processus naturel qui, étant donné un environnement adéquat, aurait lieu spontanément.
C’est trop général pour que je puisse être d’accord.
Une dernière question...Je ne suis toujours pas clair sur ce truc de la valeur de base. Tu m’as dit que planifier une vocation n’était pas la chose la plus intelligente à faire. Plutôt la laisser émerger et se développer.Ca a l’air bien, mais je ne suis pas sûr de ce que ça signifie. Est ce que tu peux me donner une étude de cas. (réelle ou hypothétique, c’est bon). Mais est ce que tu veux dire qu’il y a un but à la vie sur le plan personnel ? Eh bien si c’était le cas, je dois présumer que ce but doit être une expression vécue de quelquechose (ou rien) et non pas un idéal dans lequel se mouler.
Juste, il y a un but intrinsèque personnel à chaque vie individuelle. Mais avec la façon dont la société capitaliste structure la vie humaine, il est très difficile ces temps-ci d’être en contact avec ce qui pourrait être appelé sa vocation. Idéalement, les parents ou les enseignants sont censés aider les jeunes à trouver leur voie pour exprimer leurs valeurs les plus nobles. Mais « l’intérêt personnel » et la course après de « fausses sécurités », particulièrement l’argent, le pouvoir et la gloire, ont fait, durant les 150 dernières années, que cette « connaissance » est tombée dans les abysses de l’oubli. Donc, presque tout le monde doit combattre pour lui / elle -même pour trouver sa destinée par lui / elle-même. Cela ne peut pas être fait en se fixant un objectif. Cela requiert une grande sincérité envers soi-même et le « savoir-faire » pour la découvrir à l’intérieur de soi.
Il n’y a pas besoin de devenir éveillé pour vivre ta vocation.
Tu as raison, ce n’est pas un idéal dans lequel se mouler ; c’est une sorte d’aperçu de qui l’on est. Sentir sa vocation est l’un des sentiments les plus subtils et les plus agréables. Ce ressenti n’est pas contextualisé, mais il est comme un guide intérieur invisible. En étant en contact avec lui, peu à peu, tu prendras les bonnes décisions pour que tes talents se développent de plus en plus dans la vie réelle.
Je me souviens de quand nous parlions du rappel de soi. Je disais que cela me rendait fou et tu disais que c’est plus émotionnel que mental. Deux jours après, j’ai finalement compris ce que tu voulais dire. D’accord.
Je suis lent à saisir les choses ici. J’ai parcouru le livre d’Ouspensky et ça n’a pas rendu les choses plus claires. Est ce que c’est une attention / émotion constante que je veux cultiver ? Si oui, que ressentirait quelqu’un qui le ferait correctement ?
Je dirais plutôt que le rappel de soi tend à rétablir une sorte de conscience émotionnelle raffinée, très subtile pas vraiment saisissable.
Comment sais tu quand c’est là ?
Le « savoir » est à peine possible. Cela ne peut pas être « su » par le mental et cela nécessite probablement quelqu’un qui « sait » pour te dire : « Tu es ’dedans en ce moment ».
Et comment le retrouves-tu quand tu t’oublies toi-même ?
En me rappelant. Un peu la même chose que ce que tu fais lorsque tu as oublié où tu as mis tes clés.
Sinon, comment quelqu’un saurait-il ce que c’est ? Tu as mentionné un degré d’incertitude, mais être totalement incertain me laisserait seulement tout le temps en train de me demander si je suis en train de faire quelquechose.
Reste avec la partie en train de se demander.
Je pense aussi qu’apprendre à contrôler son énergie peut aider quelqu’un à acquérir une consistance.
Quelles énergies ? En ce qui me concerne, au fond, la seule chose qui vaille la peine d’être contrôlée, ce sont les émotions / pensées négatives.
Je pense aussi que « me sentir bien » de la façon dont j’y pense, m’aide à ne pas être totalement perdu et confus. Quand je dis « me sentir bien », je ne veux pas dire le ressenti réel, mais être heureux de / accepter le ressenti. C’est difficile à dire. Pourquoi pas ça, disons qu’il y a différentes sortes de ressentis :
1. des ressentis qui sont purement chimiques et 2. des ressentis qui sont plus comme de l’air. Ces ressentis « air » sont généralement ceux que j’ai à propos d’un ressenti. Par exemple, « je me suis senti bien avec le fait d’être en colère ». Tant que je peux garder ouvert le ressenti « air » ouvert à propos de ce qui se passe, il est plus facile de marcher sur le « fil ». Quand il n’y a pas d ‘espace, « je » ne peux rien faire. Quand il y a espace, il y a choix. Je peux utiliser ma capacité de choisir pour ne pas exprimer une émotion « négative ». Quand il n’y a pas d’espace, l’événement est déjà terminé avant que je réalise que j’étais en train de me vautrer dans les émotions qui remontaient.
Le fonds de l’histoire, c’est que j’aime apprendre à contrôler mon énergie et je veux mieux la comprendre. MAIS, c’est surtout dans un effort pour gérer mon état, de la façon dont on pense à la « gestion de l’Etat ». Cela pourrait servir de ressource très puissante à laquelle revenir lorsqu’on travaille sur soi de cette manière. La pire souffrance pour moi est d’être totalement perdu, confus, et sans vision de ce qui m’arrive. Comme d’être dans un trou de serpent tout noir avec ta jambe prise dans un piège à ours et de ne pas être capable de dire si tu es un serpent ou la personne. C’est réconfortant de pouvoir se reposer dans des « ressentis okay » pendant que je me reprends et que je rassemble des ressources.
Que penses-tu de ceci ?
Eh bien, c’est en quelque sorte rusé d « inventer » des ressentis légers et de présupposer qu’ils ne sont pas chimiques. Peut-être que c’est un bon outil intermédiaire pour rester fonctionnel.
Mais fondamentalement, tous les ressentis sont pareils et tous sont chimiques et il n’y a, finalement, pas moyen d’éviter la confusion. Il est nécessaire d’affronter courageusement cette confusion même, pour celui qui aspire à revenir à la maison.
Quand elle est vécue à partir du vide, tout ce qui reste dans la vie est d’exprimer la valeur de base et d’organiser la vie fonctionnelle. A ce niveau, le dialogue interne et la pensée sont censés fonctionner dans les situations de la vie.
Je ne suis parfois pas sûr de ce que signifie fonctionner. Si j’étais un robot, ce serait facile à comprendre car il n’y aurait pas l’ombre d’une différence. S’il n’y a pas de but ou de sens global à sa propre vie, en quoi comment on fonctionne a t-il de l’importance ? Je peux m’asseoir et regarder la télé toute la journée ou bien voyager et rencontrer des gens, ou aller en hôpital psychiatrique ou n’importe quoi d’autre. Ca n’a pas d’importance s’il n’y a pas de but global. Un autre exemple, je suis assis ici en train de taper sur le clavier et je remarque que j’ai besoin de faire pipi. Je peux pisser dans mon pantalon ou aller aux toilettes. Que ce soit l’un ou l’autre, le corps fonctionne très bien. Pourquoi ne pas être paresseux ?
Ce serait vrai s’il n’y avait pas de valeur de base. En passant, la plupart des enseignements spirituels oublient de clarifier cela.
Alors la vie a lieu à la fois dans le temps et hors du temps ? Alors est ce que le temps existe ?
Oui au niveau fonctionnel, non au niveau existentiel.
Je comprends que c’est un concept, mais le fait qu’on croie ou non au concept de gravitation ne fait aucune différence pour la gravitation. Elle fonctionne tout de même.
La gravitation, comme tout ce qu’on appelle les lois naturelles, fait partie du niveau fonctionnel. De nos jours, nous sommes obligés de vivre avec la gravitation de la terre à moins de quitter la planète. Mais il y a déjà des premiers résultats dans les recherches sur la neutralisation de la loi de gravitation.
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Crois-tu que tu vivras la libération (avant ta mort) ?
Je veux le croire. Mais il y a aussi un doute. Il n’y a pas de garanties, et la réalisation de soi complète semble être une occurrence rare.
S’il y a une croyance comme : « c’est pour quelqu’un d’autre mais pas pour moi », il pourrait être utile de s’en débarrasser.
Qu’est ce que ça changerait pour toi si tu le faisais ?
Ca énergétiserait grandement le processus d’éveil.
Je présume que tu as travaillé sur les systèmes de croyances. Ce que je suggère est que tu travailles régulièrement à diminuer le doute. Travaille là-dessus avec la présupposition que quand tu seras libéré, ni les circonstances habituelles de la vie extérieure, ni ta façon de les gérer ne seront changées.
D’après ce que tu décris, il est possible que tu aies eu un aperçu profond de la « réalité » il y a quelques années. Supposons que cela ait été un aperçu authentique, qu’est ce que cela signifie pour toi aujourd’hui ?
« Aperçu » est probablement un terme inexact, parce qu’il n’y avait pas de connaissance, excepté rétrospectivement. Que cela était authentique et réel - là-dessus, je n’ai aucun doute. Qu’est ce que cela signifie pour moi ? Que CELA est accessible pour moi et possible. Je me suis demandé si la PNL pourrait m’aider à y retourner. Le fait que cela me soit arrivé deux fois - en des circonstances très différentes - me laisse penser qu’il existe déjà un chemin neurologique vers cela.
Maintenant, voici une chose importante qui doit être clarifiée. La présupposition est que c’était une percée authentique. Tu dis : « Je me suis demandé si la PNL pourrait m’aider à y retourner. » Je présume que tu supposes qu’il y a un chemin pour y retourner, avec ou sans la PNL. Et « qu’il existe déjà un chemin neurologique vers cela. » Je te dis ce que je dirais à un étudiant qui suit mon enseignement :
Il n’y a pas de chemin neurologique à créer pour atteindre une percée ou la libération. C’est un saut quantique dans le vide, ta propre nature. C’est au-delà de la béatitude et de l’expérience. C’est au-delà de la mémoire. Cela ne peut pas être re-vécu ou re-accédé. Les percées ne sont pas des expériences libératrices. Elles ne font qu’indiquer qu’il y a quelquechose d’autre. En ce sens, elles sont au même niveau que le LSD ou la mescaline. Ce que je suggère est de ne plus y penser du tout. Si la percée était réelle, tu ne pourrais pas t’en souvenir de toutes façons, car le vide ne laisse pas de trace dans la mémoire. Fais comme si tu ne l’avais jamais vécue. Il n ’y a rien en elle qui pourrait être mis à profit. Prendre cela comme une expérience de référence est le contraire d’utile.
Tout ce que tu dis ici a vraiment du sens pour moi. D’ailleurs, je pense rarement à cette « percée » --surtout parce que tout ce dont je me souvient est l’étonnement et l’énorme béatitude que j’ai ressenti alors que je revenais à être le Jeff-dans-le-monde habituel.
Et pas de différence entre Jeff-dans-le-monde et Jeff-pas-dans-le-monde ?
Je ne me souviens de rien en ce qui concerne ce moment de vide lui-même. Et même si je pouvais me souvenir (et je comprends pourquoi cela n’est pas possible) - recréer un souvenir n’est pas le sujet de ce travail. Je comprends cela aussi.
Bon.
Tu m’as demandé ma définition de « uptime ». Je réalise que je n’utilise pas ce terme exactement de la façon dont il est défini en PNL. Je veux simplement dire l’état qui consiste à être alerte et attentif à ce qui se passe. Essentiellement ce que Krishnamurti appelle « la conscience sans choix ».
Combien de temps dure cet état (en moyenne) ?
Ca varie beaucoup. Sans une intention claire de « voir », presque n’importe quoi peut le faire commencer ou s’arrêter. Quand je me consacre intentionnellement à être conscient, je le maintiens en moyenne quelque part entre dix minutes et une heure. En de plus rares occasions, je le maintiens plus longtemps.
J’ai également eu l’expérience d’un entraînement soutenu à la vigilance - une retraite de dix jours avec un enseignant Vipassana (il l’a appelée « attention nue »). J’ai découvert récemment que l « attention à double sens » proposée par Douglas Harding approfondissait beaucoup ce processus.
Bon. Qui ou quoi déclenche cet état ?
Presque n’importe quoi : une impression sensorielle, une sensation, une émotion. Souvent, les ressentis négatifs réveillent le besoin de cet état, comme une sorte de régénérateur.
Qu’est ce qui le fait disparaître ?
Sans intention consciente (sans que je m’y consacre), toute distraction, comme être absorbé dans un fantasme, le fait disparaître.
Est ce que tu veux dire que tu commences à oublier quand tu commences à croire à l’existence de représentations ?
Que veux tu dire par « représentations » ?
Pour moi, c’est l’expression en anglais de ce qui en langage oriental est appelé « maya ».
La réponse est « oui ». Je commence à croire que ce que j’imagine est réel.
La vigilance fait partie du rappel de soi. Cela requiert de la vigilance pour devenir conscient des moments où la « machine » commence à croire aux représentations (prendre maya pour la réalité). Alors, immédiatement, un autre geste mental doit être activé : rejeter la croyance-représentation et mettre son attention sur ce qui est perceptible dans l’instant même (vakog externe). « Arrêter le monde » dans les termes de Castaneda.
Quand tu es dans le mode de « conscience sans choix », comment sais-tu que c’est sans choix ?
Parce que je ne suis pas en train de sélectionner, ni de choisir, je n’évalue pas ce que je vois (entends, sens, goûte), je remarque simplement ce qui se passe, à l’intérieur et à l’extérieur. Parfois, lorsque la conscience est très calme et claire, il y a l’intuition qu’il n’y a pas d’observateur : tout est, simplement. Cette sorte de conscience est encore très insaisissable : je m’agite, je veux me l’attribuer, en faire quelquechose,...ce qui bien sûr la dérange.
Oui, bien sûr. Elle reste toujours très insaisissable. Il n’y a pas moyen de la rendre moins insaisissable - cela la ferait disparaître. Améliorer la vigilance et le rappel de soi est le seul moyen de garder vivante cette intangibilité.
Lors de mon récent voyage au Canada, j’ai remarqué comment de vieux schémas d’émotions et de comportements limitants sont venus à la surface - insécurités, inquiétudes. Je me suis senti très « pris » dans ces émotions. C’était surprenant, parce que pendant un temps je m’étais senti assez libre. Mon impression est que ta méthode est d’aller dans ces ressentis...Est ce que tu pourrais recommander quelquechose de pratique ?
Non, je n’utilise pas ces émotions. Elles sont totalement inutiles. Avec la PNL, on peut apprendre à se dés-associer de ces émotions. C’est indispensable pour pouvoir atteindre la croyance de base. Peurs et inquiétudes de toutes sortes sont un obstacle : un mécanisme de résistance pour échapper à la souffrance de la séparation.
Comment gères-tu les émotions négatives en général ?
J’ai eu récemment une avalanche d’émotions négatives, auxquelles j’étais plus vulnérable que je le suis d’habitude parce que j’étais en mauvaise santé. Alors je peux te dire concrètement : quand les émotions négatives sont intenses, j’en souffre simplement - je suis pris dans des dialogues internes en grande partie inconscients impliquant une intense auto-critique. Dans des situations en société, c’est-à-dire quand il y a d’autres personnes autour, les règles sociales conventionnelles m’empêchent de me mettre à l’écoute de ce qui se passe en moi. Des fantasmes à propos des perceptions que les autres ont de moi occultent ma propre perception claire de la situation, de mon comportement et de celui des autres. Je suis comme quelqu’un dans un bateau sur une rivière avec des courants forts et imprévisibles, essayant seulement d’éviter les rochers les plus dangereux à chaque instant.
D’accord. Ce que je te suggère est de lire « A la recherche du miraculeux » d’Ouspensky, et particulièrement les passages sur la considération interne et externe.
Quand les émotions négatives sont moins intenses - c’est-à-dire quand je me sens plein de ressources et confiant et que je remarque que je deviens tendu ou inquiet à propos de quelquechose , ou en colère - ou quand je remarque simplement que mon cou, mes épaules et certaines parties de mon visage sont tendus -cela agit comme un ancrage de simple conscience. Je remarque la tension, l’émotion, la pensée, et je remarque aussi que je ne suis pas cela - remarquant aussi que l’émotion, la pensée,... change, bouge et finalement disparaît ou devient autre chose. Mais la focalisation principale devient non pas l’émotion, mais la conscience. Etre conscient et éveillé, et rester avec cela.
Bon. Je suggère aussi que tu lises tout ce qui concerne le rappel de soi dans le livre précédemment cité.
C’est important de savoir que la libération est à un niveau logique différent de celui de la béatitude.
En quel sens est ce un niveau « logique » différent ?
La béatitude n’est pas la libération. Les explosions dans le moteur de la voiture ne sont pas la voiture. Quand tu seras libéré, tu ne seras pas tout le temps dans la béatitude. Cela surgit de temps en temps, sans cause précise. La perception globale est le rien ( comparé au « quelquechose » qui est préféré par l’identité).
Je viens de re-lire les parties du livre d’Ouspensky concernant la « considération interne » : c’est utile de s’en souvenir. Je dois ajouter que cette sorte de « considération interne » malheureuse est quelquechose que j’ai fait beaucoup moins que je n’en avais l’habitude.
Le but n’est pas de le faire moins, mais d’arrêter totalement de le laisser arriver.
Je suggère que tu pratiques (à chaque fois qu’apparaît la considération interne) mentalement la considération externe (qui est en un sens une anticipation de la non-séparation) à la place de la considération interne. Fais comme si chaque personne qui surgit dans ton mental était un étranger amical qui ne te juge pas.
Lors de mon récent voyage au Canada, la maladie, le manque de sommeil et les tensions sociales se sont alliées pour affaiblir ma capacité d’attention - Littéralement, je n’en avais pas l’énergie, et je me suis senti régresser, comme dans un mauvais rêve, à des états, des attitudes et des comportements que je pensais avoir dépassé depuis longtemps. Rétrospectivement, je suis content que ça soit arrivé. Je devenais quelque peu suffisant.
Comme tu n’es pas les états internes que ta machine produit, tu peux passer à l’étape suivante : quel que soit l’état interne présent, ça n’a pas d’importance. Focalise toi de plus en plus sur ce qui est (présent) sans interprétation, indépendamment des états internes plaisants ou déplaisants. Qualifier un état de plaisant ou de déplaisant est déjà un jugement.
La question principale : comment puis-je me rappeler plus souvent, de façon plus constante ?
Une des meilleures choses à faire est de se réveiller deux fois le matin : d’abord le réveil habituel, et tout de suite après le rappel de soi (r.s.) et d’aller se coucher en r.s. En outre, il est utile de se remémorer les principales activités de la journée dans l’ordre chronologique avant de s’endormir.
Pour se rappeler de façon plus constante, tu dois vérifier (examiner) aussi souvent que tu le peux si tu es en r.s. ou non. Si tu l’es, alors essaie de rester avec, et si tu ne l’es pas, essaie d’y retourner.
Essaie aussi de trouver (pas à chaque fois, mais une fois de temps à autre) ce qui précisément a fait que tu t’es oublié dans cette situation spécifique.
Tu as dit qu’il ne peux pas y avoir d’ancrage pour le rappel de soi. Cependant, il est possible de créer des ancrages pour la conscience « uptime ». Serait-il profitable de faire cela, en tant qu’aide au rappel de soi ?
Ca dépend. Une fois que tu « sais » réellement (de façon non intellectuelle et non émotionnelle) quelle est la différence entre le rappel de soi et « uptime », ce qui signifie aussi que tu es capable de « savoir » ce qu’est le r.s., tu n’as plus besoin d’ancrer « uptime ».
Le r.s. est à un niveau logique supérieur à celui d « uptime » (il contient la perception non séparatrice et utilise les énergies du centre émotionnel supérieur; il requiert beaucoup plus de vigilance). Une fois que tu connais le r.s. , tu peux laisser tomber l’exercice d « uptime ».
Comme le r.s. est une conscience indéfinissable (il ne peut jamais être complètement saisi), on doit en général avoir un enseignant qui « montre » ce qu’est le r.s. et ce qu’il n’est pas.
Je pense que j’ai la notion de ce que c’est. Certaines des « expérimentations » de Douglas Harding m’aident à y entrer. Penses-tu que ce soit possible ?
Autant que je connaisse ces exercices (j’en ai fait certains lors d’un atelier avec D.H. il y a plusieurs années), ils sont utiles mais pas suffisants pour entrer dans le r.s.
Quand tu les fais, est ce qu’ils te mettent dans un état de conscience particulier ? Un état différent de tous les états internes « habituels » ? Si oui, alors ce n’est pas le r.s.
Il y a deux possibilités : soit les expérimentations de D.H. sont « objectivement » insuffisantes pour entrer dans le r.s., soit ils n’ont pas fait « tilt » pour toi à l’époque où tu les a fait lors de l’atelier avec D.H.
Je savais déjà ce qu’est le r.s. quand j’ai fait l’atelier avec lui.
A mon humble opinion, la méthodologie globale de son enseignement n’est pas suffisante pour les gens qui aspirent à s’éveiller. Cela ne veut pas dire que ce n’est pas utile de faire ce qu’il suggère de faire. Les exercices pointent nettement sur notre propre nature : le vide.
Dans ma propre expérience, les expérimentations n’ajoutent rien à mes états internes habituels, mais ils induisent un déplacement de l’attention vers la source de la conscience, et une perception (ou intuition ?) du vide, du rien * ici * ( en pointant du doigt vers moi). C’est littéralement une attention à double sens, regardant en même temps vers l’extérieur et vers l’intérieur. Je trouve que la question « qui ? » --qui est en train de voir ceci, à qui arrivent ces pensées,... - est une aide.
Oui, je me souviens que ça m’a fait le même effet.
Il y a peut-être une différence significative, mais c’est très subtil : une sensation de tranquillité, de « pas de problème », dans la conscience, même quand il y a de la tension dans le corps et dans les émotions. (Même si je trouve que les mouvements émotionnels forts ont tendance à interrompre le courant de la conscience).
Oui, c’est la partie la plus difficile du r.s. Pour ne pas s’oublier soi-même, les émotions déplaisantes doivent être « apprivoisées » au moment même où elles émergent. Plus tu les laisses entrer dans ton système nerveux (c’est-à-dire plus tu leur donnes une réalité, plus tu crois qu’elles sont réelles), plus l’oubli devient profond et plus ça devient difficile de revenir au r.s.
C’est la même chose pour les émotions extatiques.
Faire comme si les émotions n’étaient pas importantes est utile.
Le r.s. est plus important que l’émotion.
Quand j’ai écrit plus haut : « les expérimentations n’ajoutent rien », c’est vrai au sens propre : ils ajoutent la dimension du vide, et avec elle, une conscience de l’espace. Mais c’est un effet secondaire, je crois. Le plus important est de garder vivante cette question « qui ? », en la maintenant ouverte. Est ce que ça a un sens pour toi ? Est ce que ça cadre avec ce que tu enseignes ? Que manque t-il dans la conscience qui s’est ouverte à travers les expérimentations de Douglas Harding ?
Je peux seulement faire référence à l’atelier que j’ai fait avec lui. Il y a deux parties principales au travail à faire sur soi pour se finir : rejeter le « faux » (travail sur les émotions négatives et sur la croyance de base. Même si ça s’intitule différemment) et affirmer le « réel ».
Autant que je le sache, il manque la première partie dans l’enseignement de D.H. L’autre partie est très utile mais aussi incomplète, d’après l’expérience que j’en ai eue. Ce qui manquait, c’etait le retour à la perception que tu avais eue avant de faire son exercice. Ce que je veux dire, c’est que le vide seul n’est pas complet. Quand tu fais ses exercices, alors, à la fin, reviens à la perception « normale » et en restant en même temps dans le vide. Est ce que tu comprends ça ? C’est difficile à expliquer pour moi.
Si la méthodologie de D.H. est insuffisante - et insuffisante aussi pour la pratique du rappel de soi - peux-tu me conseiller sur la façon d’entrer dans le r.s. ? Y a t-il une méthode que je puisse appliquer ? En quoi cela diffère t-il de la « vision à double sens » ?
La « vision à double sens » est bien. Si elle est assez différenciée pour que tu puisses rester avec dans toutes sortes de situations, alors il n’y a pas de différence avec le r.s.
Le r.s. anticipe la non-séparation dans toutes les situations que tu peux rencontrer.
Comment fais-tu pour le maintenir tout au long de la journée ?
Supposons que tu sois dans la « vision à double sens ». En quoi est-ce différent quand tu es par toi-même et quand tu parles à quelqu’un ? Que fais-tu quand surgit une situation qui te rend énervé ? Comment gères-tu par exemple le sentiment d’injustice quand il émerge ?
(Pour répondre à ces questions, reviens à des situations concrètes et concentre toi sur ce qui s’est passé précisément en toi).
Le r.s. inclut toutes les situations que tu pourrais rencontrer dans la vie.