L'Enseignement Advaita de Wolfgang Bernard

 

 

Chats avec Jeff Wises



J.W. :
Nous avons parlé de la vocation et de la valeur de base. Est ce que ce que l’on découvre la compréhension de son propre but ?


W.B. :
Oui, c’est cela.

Est ce que ce but peut être mis en mots ?

Oui, il doit être mis en mot. Ensuite, lorsqu’il se déploie pendant des mois et des années, il ne peut plus être mis en mots (trop complexe).

Peux-tu me donner un exemple ?

Je me souviens de « être ». Le mien était : ...quelque chose comme « être présent pour l’autre ».

Oh. C’est très joli. Peux-tu me donner un autre exemple, un exemple de l’un de tes amis ?

Je vais vérifier dans mon livre...attends...amour ~ paix ~ être un avec le tout.

Ca, c’est un but ?

Eh bien cela doit être vécu, pas seulement une expérience. Mais cela ne peut pas être vécu tant que les croyances sont là. Et quand c’est vécu, ce n’est plus ces mots.

Ah... Ca a du sens. C’est aussi non-atteignable. Est ce vrai ?

La percée donne un aperçu qui est est atteignable et ensuite, cela se déploie par soi-même si tu fais du travail correct sur toi. C’est presque impossible sans être guidé par quelqu’un qui le vit. Il y a tellement de pièges et d’ombres, et on ne les voit pas soi-même, mais quelqu’un d’autre peut les indiquer.

Oui. D’un côté, c’est censé. De l’autre, je me souviens des mots de Krishnamurti qui a dit qu’un enseignant n’est pas nécessaire. C’est drôle qu’il (Jiddu) ait dit cela après les nombreux professeurs qu’il a eus. Quelle est ton opinion là-dessus ?

Sur Jiddhu ?

Sur la non-nécessité d’un enseignant.

Jiddhu a dit cela, mais il n’est pas (à mon avis) quelqu’un que je considère comme ayant réellement « atteint ». UG Krishnamurti a t-il dit cela aussi ?

En quelque sorte. Je me souviens d’avoir lu quelque chose comme : il n’y a rien que vous puissiez faire pour « l  » obtenir. Ne vous embêtez pas à apprendre d’un quelconque gourou ou autre. Vous perdez votre temps. Il a dit quelque chose comme ça.

C’est vrai aussi. Tu ne peux pas « l’» obtenir parce que tu es avec quelqu’un qui « sait ». Il y a un autre paradoxe : UG dit cela aux personnes qui viennent le voir. Ca dépend de ce qu’elles veulent. Il est vrai que la plupart des gens intéressés par la libération attendent de leur maître bien plus que ce qu’il est réaliste d’attendre. Je ne fais pas de multiples conférences publiques; je choisis ceux qui ont assez de talent pour être capable de faire ce qui doit être fait. Ces « élus » savent déjà que mon aide est bien peu comparée au travail qu’ils ont à faire par eux-mêmes.

Oui. Merci. Ca clarifie des choses. Je pense que le travail à faire est tellement énorme que je peux seulement me focaliser sur de petites parties, une par une.
UG a t-il eu un (des) maître, à ta connaissance ?


Oui, mais il en parle rarement. Je pense que sa valeur de base s’exprime d’une façon telle que les gens qui le lisent ou l’entendent reçoivent une sorte de choc « sain ». D’une certaine manière, et il y a une phrase zen dans ce sens, il y a un moment où tu dois tuer tes maîtres pour être complètement libre.

Est ce que « choc » est un diminutif pour chocolat ? (note du traducteur : dans le précédent paragraphe, Wolfgang a écrit « choc » en anglais, ce qui n’est pas vraiment un mot anglais)

Oui, jolie manière de le dire. Est ce que « choc » n’est pas ce qui arrive quand deux voitures se rentrent dedans ?

Choc ? Le chocolat est une friandise. Voulais tu dire un « crash » ?

Il y a un mot comme « shock » ou quelque chose comme ça ?

Je n’en suis pas sûr. BANG ou autre. Boum, « smash », « crash », ou bien...

Je viens de regarder dans le dictionnaire. C’est « shock », oui, un shock dans le système nerveux par exemple.

Oh. D’accord. Donc lorsqu’on découvre sa valeur de base, je suppose qu’on continue dans cette direction. As-tu observé cela ?

Non. Je l’ai fait avec des gens qui ne sont pas dans une quête existentielle et la plupart d’entre eux ont simplement soit résisté, soit oublié quelques heures plus tard.

Comment est-ce possible ?

J’ai la même question, mais pas de réponse.

Je ne peux pas m’imaginer découvrir quelque chose d’une aussi grande portée personnelle et ne pas le rechercher au mieux de mes capacités.

Toi, oui. Mais la plupart des humains ont d’autres choses à faire dans leurs vies. C’est une question de priorité. Mais peut-être est-ce comme semer des graines et qu’ils s’en souviennent beaucoup plus tard. Peut-être. C’est arrivé à un de mes amis. Il est entré en contact (par d’autres moyens) avec sa valeur de base, quand il était jeune. Ensuite, il a oublié et est finalement devenu alcoolique. Les choses ont vraiment mal tourné ; il a tout perdu et était à la rue. Soudain, il s’est souvenu de sa valeur de base et a tout fait pour retrouver le message. Ensuite, il est tombé malade et est allé à l’hôpital pour ne pas mourir dans la rue. Il sentait que c’était fini. Mais au lieu de mourir, il s’est réveillé le lendemain et il a réalisé que sa valeur de base était présente et qu’il était libéré. Plusieurs années plus tard, nous nous sommes rencontrés et il m’a raconté cette histoire.

Oh, waoh. Que fait-il aujourd’hui ?

Il est mort il y a quelques semaines.

Je suis désolé de l’entendre. Depuis combien de temps le connaissais-tu ?

Je pense que nous nous sommes rencontrés pour la première fois il y a trois ans. Ensuite, nous nous sommes rencontrés plusieurs fois, et la dernière fois, il y a trois mois, j’ai senti qu’il allait mourir bientôt. Il l’a senti aussi.

Quel âge avait-il ?

Mon âge. Je ne lui ai jamais demandé, mais il avait mon âge.

Oh. Je suppose qu’être alcoolique fait vieillir le corps plus vite.

Ce n’était pas cela. Malheureusement, on lui avait diagnostiqué un cancer et il avait accepté le traitement chimique dur. Pour moi, il n’était pas en mauvais état; c’est le traitement qui l’a tué.

Je me souviens lorsqu’on discutait et que tu as pointé la croyance qui avait été opérante tout le temps. C’était stupéfiant. Je ne peux pas croire que j’aie accepté la déclaration « Il devrait y avoir de l’harmonie » aussi pleinement. Je ne peux même pas dire que c’était une croyance centrale; ça se répandait plus que ce que je pense comme étant « central ». C’était toujours là. Je ne vois pas de moments où ça ne l’était pas. Quand tu m’en a fait prendre conscience, c’était comme un arrêt du mental. Merci.

Dieu merci !

Les derniers jours ont été différents de la plupart des jours auxquels je suis habitué. Il y a plus de « branché externe ». Mais pas le « branché externe » de ce que je pense être le « branché externe » au sommet de la conscience. Plutôt comme jouer et m’oublier. Au travail aujourd’hui, par exemple, le temps s’écoule sans que j’en sois conscient; je me souviens que j’ai regardé ma montre et que ça ne voulait rien dire pour « moi ». Je savais ce que ça voulait dire, mais c’était une compréhension externe. Il n’y a pas d’extase ou d’autres choses comme ça, mais je continue à me « perdre »(dans le sens de «  me trouver »
J) . Le dialogue interne est là, mais il est moins crédible ; il est plus en toile de fond.

C’est très bon.

L’autre nuit, j’ai lu quelque chose qui a remis les choses à leur place...ça venait d’un livre zen. J’espère que ça ne te gêne pas que je le partage ici... 
« Centré... Le centre est le lieu de l’expérience, mais sans identification avec un aspect du soi qui est en train d’avoir l’expérience...[petite coupure]...Ouvert. Présent. Conscient. Eveillé. Sans contrôler. Sans résister. Sans croire. Ne s’accrochant à rien. Ne repoussant rien. Pas de « meilleures idées » sur comment ça devrait être. ... »


Très joli.

Ca m’a profondément frappé. J’ai pris du temps pour laisser ma nouvelle conscience s’installer. Le vide veut être comblé. Des choses comme « Il n’y a pas besoin d’harmonie.. » essaient de s’y installer. Mais cette phrase n’a pas de sens non plus. Garder l’espace ouvert est une pratique qui demande beaucoup d’attention. Quelle est la phrase ?...Oh oui.. « La nature a horreur du vide ».

La nature du mental est qu’il a horreur du vide. Garder l’espace ouvert est la meilleure chose à faire quand survient une telle révélation.

Je veux te poser une question...Est-il utile d’écouter des cassettes de conférences Zen et ce genre de choses ? J’ai écouté le livre audio de « Esprit Zen, Esprit du débutant ». C’est très bien. Ma question est: Est ce qu’il est bon de déverser dans son mental ce genre de connaissances ?

Oui. En écoutant sans le projet de se souvenir de ce qui a été dit.

L’autre jour, nous discutions et tu as mentionné que pour être efficace, on n’a pas besoin de se sentir plein de ressources. Généralement, quand je suis dans un « bon » état, je peux beaucoup mieux exécuter des activités. J’aimerais être aussi bon, même lorsque je ne suis pas aussi « heureux », mais comment s’y prendre ?

Quel que soit l’état qui est là, on doit d’abord l’accepter. Si c’est un bon état, alors tout va bien. S’il n’est pas si bon que ça, alors agis comme si tu étais dans un bon état. Il ne s’agit pas que tu te sentes mieux, mais que les résultats de ce que tu fais soient les mêmes. Ceci est possible seulement lorsque tu sais que la « souffrance intentionnelle » (Gurdjieff) est parfois nécessaire. Faire un bon travail alors qu’on n’est pas dans un bon état fait partie de la « souffrance intentionnelle ». Peu à peu, quand tu fais cela, tu t’habitues à diminuer l’importance de tes états internes.

Oh.. oui.. Ce serait un sabotage complet de tous les bénéfices secondaires que l’on pourrait avoir eu en « se sentant mal ». Est ce que ça peut poser des problèmes ?


Tout à fait juste.

Mais, et les problèmes qui peuvent en découler ?

Quels problèmes ?

Eh bien, je ne sais pas. J’imagine qu’il n’y a pas moyen de savoir avant que ça arrive. Mais je parie que cette « souffrance intentionnelle » causerait plus tard de l’irritation.

Non, pas si tu le fais et qu’en même temps, tu sais que tu le fais. Les seuls « problèmes » qui peuvent survenir sont d’ordre physique. Bien sûr, il ne faut pas exagérer, surtout au début.

Oh...D’accord...Je comprends mieux maintenant. Donc ce n’est pas l’utilisation de la physiologie pour produire des « changements de ressenti », mais c’est ok d  utiliser son corps d’une façon habituellement efficace, alors que les « bons ressentis » ne sont pas là. Est-ce exact ?

Le corps peut faire son travail, quel que soit le ressenti, oui. Mais c’est plus dur pour le corps si le bon état n’est pas là.

Oui. c’est mon expérience. Et si on « faisait comme si » et qu’après quelques minutes, on commençait à se sentir de nouveau bien. (Généralement, ça arrive). Alors quoi ?

Quand tu te sens bien, c’est bien. Mais ce n’est pas toujours le cas, particulièrement quand tu « travailles sur toi ». Et les périodes durant lesquelles tu fais « comme si » pourraient devenir plus longues sans obtenir un bon état.
Même chose pour la motivation quand elle s’affaiblit. Alors tu agis comme si la motivation était encore là. C’est le même genre de choses: la souffrance intentionnelle.

Oh. Bien, à quoi cela mène t-il ?        

C’est nécessaire pour que tu puisses cristalliser le non-ego. Ca t’habitue à être capable de survivre physiquement quand l’identité n’est plus présente.

Oh......Mais à propos de la souffrance, j’ai lu quelque part que le « grand esprit », ou ce que je suis réellement, ne souffre pas. Es-tu d’accord ?

Oui, le « grand esprit » ne souffre plus DE LA SOUFFRANCE. Fondamentalement, ce genre de souffrance est la souffrance de ne plus se permettre les bénéfices secondaires de la souffrance « psychologique ». La souffrance psychologique est totalement inutile et est la plupart du temps une sorte d’apitoiement sur soi (auto~pitoyage). Quand tu te coupes de cela, alors seulement tu sais ce que signifie la « souffrance intentionnelle ». Peu à peu, tu reçois d’autre « bénéfices » qui valident que c’est ok. La « souffrance intentionnelle » mène à être libéré du fait de souffrir de la souffrance; la souffrance psychologique mène à plus ou moins de souffrance psychologique, mais pas à ne plus souffrir.

D’accord...Ca a du sens...Mais je suis frustré sur ceci : si je suis dans une situation dans laquelle j’avais l’habitude de souffrir psychologiquement, mais que maintenant, je l’accepte et que ce n’est plus vraiment une souffrance, alors quoi ?

C’est bon. Pas besoin de retourner en arrière. Il y a toujours suffisamment d’autres situations dans lesquelles tu peux pratiquer la « souffrance intentionnelle ».

Et aussi, ça va de tenter seulement ce qui est à la hauteur de mes forces (au sens propre : de mordre seulement ce que je peux mâcher)...Oui ?

Oui, bien sûr. Sois prudent et utilise l’écologie. Ca, c’est très important.

Et alors, la souffrance est seulement aussi mauvaise que je le permet et, à mesure que je m’y habitues, ce n’est plus réellement de la souffrance...

C’est encore de la souffrance, mais réduite en morceaux dont tu peux t’occuper. Pas plus qu’il est nécessaire pour rester fonctionnel.

Oh... Et entre ces moments de souffrance, il est ok de ressentir des états agréables ?

Oui, bien sûr. Sache que quel que soit les états agréables qu’il puisse y avoir, cela ne peut pas être éternel. Les états changent. Donc, à chaque fois que tu te sens bien, c’est totalement ok, mais sois conscient que cela ne peut pas durer pour toujours.

Juste. D’accord...Et d’autre part, apprendre comment agir de façon appropriée quand on ne se sent pas si bien...D’accord.
Maintenant, je suis confus à propos de deux idées qui ont l’air très opposées...
1) le rappel de soi
2) s’oublier soi-même
Comment faire les deux !


Supposons que tu utilises « soi » de la même façon. Alors, à chaque fois que tu oublies ton soi, tu ne te rappelles pas ton soi, et vice versa.

Mais est ce que tu veux dire que le mot ’soi  signifie quelque chose de différent dans chacune des phrases ?

Non.

Mais je pensais que la pratique était de faire à la fois le « rappel de soi » et de se perdre ou « s’oublier soi-même ». Est-ce incorrect ?

Oui, si tu donnes le même sens à soi, alors ce que tu fais habituellement et automatiquement est d’oublier ton soi. Et travailler sur toi signifie se rappeler ton ’soi ’. Pas besoin de pratiquer ’s’oublier soi-même’. Ca arrive déjà, de toutes façons.

Oh...Alors s’oublier soi-même est automatique...Oui ?

Oui.

D’accord...Mais le rappel de soi n’est pas automatique...C’est ça la pratique. Oui ?

Oui.

Nous discutions de la souffrance et autres...Alors cette souffrance est assez différente de la souffrance « normale ». Alors, il est bon d’éviter la souffrance « normale » ?

Oui, une fois que tu sais ce que « souffrance consciente » signifie, tu peux essayer d’éviter la « souffrance inutile ».

Ah.. Ca fait plaisir à lire. Cette souffrance inutile est une fosse. Ah ah.. Oui, la souffrance inutile est un tel déchet. Hum...Donc lorsqu’on apprend à faire la différence et qu’on apprend comment faire la « souffrance consciente », cela ne doit pas être fait tout le temps ?

Non, ça devrait être fait lorsque c’est nécessaire. Quand tout va bien, pas besoin. Mais quand il y a des tendances à se plaindre, à l’apitoiement sur son propre sort, à blâmer l’autre ou les circonstances, etc., alors la souffrance consciente = l’acceptation est la solution.

Oh...Etrange...L’acceptation, quand on accepte réellement ce qui se passe, semble rendre la souffrance moins douloureuse. Mais pas toujours; je veux dire que s’il y a souffrance et que je l’accepte (pleinement), il y a un sentiment que tout est ok et c’est bien mieux que d’être dans un « bon état ». Est-ce que c’est ça que tu veux dire ?

Accepter ne signifie pas que l’on ne fait pas ce qui peut être fait pour améliorer la situation. Mais ce serait une deuxième étape. D’abord, prends la situation telle qu’elle est. Accepter la situation telle qu’elle est signifie aussi prendre responsabilité, complètement, pour la situation donnée. Ne pas blâmer les autres ou les circonstances. Je ne dirais pas que c’est « mieux » que d’être dans un bon état. Ca fait partie de la vie (les situations difficiles) aussi bien que les « bons états ». Fondamentalement, au niveau existentiel, il n’y a pas de différence entre les bons états et la souffrance consciente.

Ce que j’aurais dû dire, c’est que cette « acceptation » est mieux que de se battre avec soi-même pour retrouver un bon état. D’accord...J’avais l’habitude de faire ça et ce n’est pas une recherche saine. Mais quand tu parles de la souffrance consciente, cela sonne tellement douloureux. Comme être crucifié comme Jésus ou quelque chose comme ça. Donc, la souffrance consciente, ce doit être fait lorsque ces choses que tu as mentionnées émergent, et seulement à ce moment-là ?

Ce doit être fait à chaque fois que monte une réaction négative en soi. Une réaction négative contre quelqu’un d’autre ou contre les circonstances.

Ah..Ca peut être très rusé. D’accepter totalement et, en même temps, de fonctionner de façon appropriée pour ses propres besoins. Si un vendeur me « roule » et que ma première réaction est de devenir très en colère et tout... Ca sert aussi un but fonctionnel pour qu’on me
rembourse. Es-tu d’accord ?


D’abord, accepte pleinement et prends l’entière responsabilité de la situation. Ensuite, bien sûr, c’est ok au niveau fonctionnel de faire ce qui peut être fait pour être remboursé (et comme bénéfice secondaire, tu n’es pas « ennuagé » par des émotions négatives quand tu fais ça - ce qui ne veut pas dire que tu ne lui cries pas dessus si tu considères que c’est approprié).

Comment sépares-tu le soi qui est menacé de l’intention purement fonctionnelle d’être traité de façon juste ?

Si tu vas dans la « souffrance consciente », alors le soi n’est plus menacé.

Juste. Il aurait déjà été blessé, et donc à partir de ce niveau, tu pourrais choisir comment répondre. Waoh, J’imagine que cette « souffrance consciente » est comme marcher sur un fil à l’intérieur de soi-même. Ne pas tomber, ni d’un côté, ni de l’autre.

Oui. Et à partir de maintenant, tu peux le pratiquer dans des situations qui te sont propres, dans la vie quotidienne, et observer, et le mettre en pratique. As-tu déjà commencé?

J’ai fait ça dans le passé. Parfois, je le fais. Pour moi, c’est ce qu’était « gérer son état ». Ca signifie aussi : faire ce qui est « juste ». (C’est ce que j’ai pensé depuis que je suis dans la PNL).  Mais ce « marcher sur un fil » demande prend beaucoup d’attention et de conscience de soi. Je pense que ça m’aidera de savoir que ça ne doit pas être fait tout le temps.

Cela demande beaucoup de vigilance. Et le but n’est pas de devenir un expert dans ce domaine, mais de « produire » consciemment une certaine quantité d’énergie afin d’être capable de devenir encore plus vigilant. A chaque fois que tu le fais, tu « grandis » de plus en plus, et la fois suivante, tu es capable de faire encore plus ou mieux. La souffrance consciente renforce la vigilance qui est nécessaire pour être réellement présent.

Oui..

Une manière assez différente de dire la même chose serait: ça ouvre ton cœur.

Oh.. D’accord. Laisse moi réfléchir.. Ah.. oui. D’accord, voici ma question : parfois je suis conscient de la ligne étroite sur laquelle je dois marcher, et ce n’est pas que j’y arrive, mais pour éviter de m’égarer, de moins en moins à chaque fois, je remarque que je suis en train d’aller d’un côté ou de l’autre...C’est ok lorsque je peux le « voir ». Et pour les moments où je suis tellement perdu et confus que je ne pourrais même pas prétendre savoir comment marcher sur cette ligne?

La première chose à faire est d’être assez vigilant pour ne plus te permettre d’être perdu à ce point là. C’est un objectif majeur parce que lorsque tu es dans cette « perdition », il n’y a rien que tu puisses faire à part attendre.

Oui. C’était ce que j’espérais que tu ne dirais pas. Hahahaah
D’accord. C’est vraiment bien de comprendre ça, parce que c’est ce que je pense qu’était « gérer son état ». Rester sur la ligne. Ce n’est pas ce que tu voulais dire par gestion mentale ?


Si, la façon dont j’enseigne la « gestion mentale » est comme ça. Mais je doute que les autres formateurs en PNL l’enseignent de cette façon.

C’est très marrant !!! J’ai commencé à apprendre la PNL en écoutant les cassettes de Tony Robbins. Et la façon dont tu enseignes le rappel de soi est la façon dont je me le suis enseigné à moi-même en écoutant ses cassettes.

C’est vraiment marrant. Alors tu l’as compris selon la compréhension que tu avais déjà eue ?

Oui. Je n’ai même jamais considéré seulement un état de « ressenti » ; Je supposais naturellement qu’il avait un niveau plus profond. Mais maintenant que j’ai certaines de tes compréhensions, ça va le rendre encore plus clair.
Peux-tu m’expliquer la différence entre la souffrance utile et la souffrance inutile ?


La souffrance inutile est tout ce qui peut s’appeler souffrance « psychologique ». Fondamentalement, elle provient d’une interprétation de « ce qui est ». Au lieu d’accepter complètement  la situation réelle comme étant telle qu’elle est, il y a toutes sortes de: ça pourrait peut-être être mieux, ou peut-être que je pourrais me sentir mieux, ou avoir plus d’argent, ou avoir une petite amie plus jolie, etc. A partir du moment où tu énonces toujours juste ce qui est, complètement, alors la souffrance utile est là. La souffrance inutile fait référence au passé ou au futur; la souffrance utile accepte la situation telle qu’elle est.

D’accord. Mais parfois, pour moi, ce n’est pas si facile de voir la différence. Quelque chose commence peut-être comme un truc inutile. Ensuite, si je reste avec, je ne peux plus dire ce que c’est.

La souffrance utile est plus physique et neurologique. Tu la sens dans tes muscles. Pas de rêves de temps meilleurs.

Oh... D’accord, c’est un très bon indicateur. Quelle est la différence entre neurologique et psychologique ?

Psychologique, ce sont tous les différents aspects de l’identité. Neurologique est purement physique et hormonal. Il n’y a ni images, ni sons, juste un ressenti kinesthésique et pas d’interprétation de ce ressenti. Pas de modèles qui expliquent les choses, simplement énoncer ce qui est. C’est un aspect très important d’un bon travail sur soi. Difficile à affronter au début, comme il y a le vide. Pas de signification, pas de sens. Mais très efficace et basique.

Bon. Il y a des choses que je veux mentionner à ce propos. L’une est que je ne peux pas m’en souvenir. Seulement des petits bouts, quand j’étais très surpris par ce que je voyais et que j’en ai pris note mentalement. Mais aussi, d’une certaine façon, je me souviens que le ressenti était en quelque sorte mmmm.. réconfortant. Est ce inhabituel ?

Il peut même être très heureux. Très très heureux. Il s’agit de ne pas y devenir attaché. Parce que si tu y deviens attaché, il pourrait alors disparaître immédiatement.

Oui...Mais nous avons peut-être maintenant atteint un point où le mot « souffrance » est aussi utilisé pour décrire la « béatitude »... Attends...Comment est ce que cette souffrance est ressentie aussi comme de la béatitude ?

Une fois que tu as généré une certaine quantité de souffrance intentionnelle, alors tu es prêt à affronter le vide. Rester avec le vide est la liberté ultime. Dans cette liberté, tu es prêt à accepter la souffrance au même niveau logique que la béatitude. Et tu dois avoir la même attitude envers les deux. Béatitude et souffrance sont des phénomènes temporaires; le vide est un phénomène permanent.

Ce vide, est ce que c’est ce que tu appellerais l’esprit ? ou spirituel ?

Non, c’est littéralement le vide. Ni esprit, ni spirituel.

Oui...Alors le mot esprit n’a jamais eu une quelconque signification pour moi parce que je ne sais pas ce qu’est un esprit. Mais est ce que tu as une signification pour le mot esprit ?

Non.

Oh, c’est la raison pour laquelle tu dis que ton approche est tournée vers l’existentiel et non le spirituel ?

Oui, c’est exact. Ce n’est pas spirituel de la manière dont le mot est utilisé ces temps-ci. Ce n’est pas le « nouvel âge ». C’est sans âge.

Je pensais à ça aujourd’hui.. Quand tu dis que ce vide ou cette « libération » est « en dehors du temps », est ce que tu dis ça parce que le temps est un concept et que « c’»est en dehors de tout concept ?

Oui. Et si tu veux aller plus loin, c’est plus sans-temps que hors du temps. Le temps EST un concept. Purement fonctionnel.

C’est quelque chose que j’ai juste remarqué un tant soit peu aujourd’hui... J’ai oublié que le temps est équivalent à un kilomètre ou quelque chose comme ça. Mais on croit tellement que c’est une partie de la réalité.

Oui. Et cela requiert beaucoup de rappel de soi pour ne pas oublier que le temps est un concept.

Je pense que ce qui le rend aussi tellement convaincant, c’est que TOUT LE MONDE EST D’ACCORD LA-DESSUS. LE TEMPS EST PARTOUJOURS (si l’on peut dire...)

Exact. Pas de dualité.

Eh, quand j’ai lu Ouspensky, il écrivait sur Gurdjieff  lui parlant sans paroles. Tu ne vas pas faire ça, n’est-ce pas ?

Oh, c’est ma façon globale de communiquer. Mais c’est plus caché parce que je parle aussi avec ma voix.

Hahaha. Quand tu dis : « Non, c’est moi faisant comme si », qui est le ’moi  auquel tu fais référence ?

C’est le « moi » de ma non-identité, mon « moi » fonctionnel qui est subordonné à la valeur de base (v.b.). La v.b. est le fils de dieu dans la trilogie chrétienne. C’est moi, rien, devenant quelqu’un. Mort d’une certaine façon, et pourtant vivant, fonctionnant et ayant le don de la joyeuse expression de la v.b.

Oh...C’est un peu difficile à comprendre...Donc ce « moi » que tu es est mmm...juste un robot fonctionnel en un sens ?

Oui, en un sens. C’est l’« esclave » de la v.b.

Et qu’est ce que la v.b. ? Qui l’a inventée ? D’où vient-elle ?

Elle vient du vide. L’incarnation de ce qui pourrait être appelé la « plus haute » ou l   « ultime » valeur qui existe en chaque être humain à partir de sa naissance. C’est comme l’empreinte, l’empreinte de dieu en chacun. Ca ne souffre jamais.

Oh...D’accord...Elle vient de rien (comme en vient tout le reste ?)

Oui, tout le reste provient aussi de rien. La v.b. peut être vécue et exprimée. C’est une sorte de lien direct au vide. Cela peut être ressenti.

Comme un cordon ombilical reliant à la source ?

Oui, c’est une très belle manière de le dire.

Donc tout vient de rien...Est ce que c’est tout le temps direct.. ? Est ce que certaines choses proviennent de rien et qu’ensuite d’autres proviennent de ça, ou est ce que tout ce qui existe est tel que c’est, juste maintenant, directement à partir de rien ?

Si tu veux comprendre le vide, alors tu dois être 100 % subjectif. Tes perceptions sont le point de départ, pas ta pensée. Maintenant, tout ce que tu perçois provient de rien. Ca émerge. Ensuite, ton mental a appris comment coder, décoder, etc. Mais dans la perception à la source même, tout vient de rien. Il n’y a pas de hiérarchie.

D’accord, donc tout, partout, est en ce moment précis et toujours issu de rien...Alors, maintenant, comment est ce que je travaille sur ma perception de cela ?

Un outil supplémentaire: rejette toutes les généralisations. Dans les perceptions, il n’y a que des choses concrètes à percevoir. Pas de choses comme l’univers, la terre, les gens. Seulement des choses concrètes, observables en cet instant. Tu peux faire ça à chaque fois que tu y penses.

Que veux tu dire par « rejette » ? Est ce que je crie après les gens s’ils mentionnent ces mots ? Hahaha

Rejeter à l’intérieur de toi quand tu commences à croire que l’univers existe, par exemple. Ou quand tu penses à quelque chose qui n’est pas présent et perceptible dans l’instant. C’est un geste mental de ne pas croire en l’existence réelle des généralisations à chaque fois que ton mental produit quelque chose comme ça. Tue ces pensées quand elles émergent. Elles n’ont aucune réalité.

D’accord...En commençant maintenant...Est ce que je dois m’occuper de ces mots sur l’écran de l’ordinateur en face de moi et ne plus penser qu’il y a une personne à l’autre bout ?

Non, ce serait trop pour commencer. Ca devrait être fait dans un état d’être détendu. Tue simplement toutes les pensées qui émergent à l’instant même et qui n’ont rien à voir avec ce dont nous parlons.

Donc tue toutes les pensées « de remplissage »... ?

D’une certaine façon, il ne devrait plus y avoir de questions dans l’instant même, aussi longtemps que tu feras ça, exact ?

D’accord... ... ...

Tu as saisi...Hahahah

Hahaha

Eh, au-revoir, pour le moment, d’accord ?

Oui...C’est bien...A bientôt...Au-revoir...

FIN

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