L'Enseignement Advaita de Wolfgang Bernard

 

 

Diaologues par E-mail avec Markus 2

 

M:
C'est drôle, mais tout ce dont avec quoi je luttais s'est arrêté. Presque plus de hurlements, presque plus d'ennui, d'une certaine façon tout est parti. Et cela me rends sceptique, car j'imagine que ça devrait faire mal. Tu as parlé de souffrance existentielle. Cela me paraît trop simple, juste de vivre sans douleur. Cela me fait penser que je dois faire quelque chose de mal.
Mis à part ces soupçons, c'est une manière très agréable de vivre. Je suis à même de converser tranquillement avec des gens qui d'ordinaire me rendent fou. Je goûte ma vie d'une perspective "arrière" et tout cela est assez étonnant.
J'aimerais bien que tu m'écrives quelque chose, Wolfgang, en me disant comment ça va continuer. Pour le moment, je n'arrive simplement pas à croire que je le fais bien. Ou bien est-ce que j'essaye de t'imiter???


W:
Tout va bien.
Ne t'inquiète pas comment ça va continuer. Laisse toi être surpris.
Vis-le et ne le mets pas en question.


***

M:
Les stades où je suis "dans l'arrière plan" sont plus longs et plus fréquents. Dans ces moments, tout arrive devant moi comme sur une scène de théâtre. Ce n'est pas comme une dissociation de PNL, c'est plus comme étant entre une As et une Dissociation. Qui décide ce qui doit être fait, et comment? Quand est-ce que quelqu'un sait qu'il est l'heure de cesser son boulot?

W:
Te demandes-tu si tu devrais donner ta démission?

M:
Je suis indépendant, il n'y a pas de démission. C'est juste qu'à présent je m'ennuie beaucoup et n'ai pas envie d'avoir une formation avancée de ITS.
Ou bien de faire une formation en Feldenkrais à la place.
Comment puis-je savoir quand je peux balancer ITS et faire l'autre chose?


W:
Mon conseil: continue d'abord à faire ce que tu faisait.  Que tu sois motivé ou non n'a pas d'importance.

M:
Je me sens comme dirigé vers un ravin. Sans concept, sans règles.

W:
Oui, bien. Tu "t'habitueras" à vivre ainsi sans avoir peur.

M:
Est-ce que tu peux me promettre, s'il te plaît, que quoique je finisse par gribouiller ici...

W:
Je ne juge pas ce que tu me dit.

M:
...qu'en quelque sorte tu me soutiendra, J'ai peur d'être tout seul avec ça, Wolfgang.

W:
Je ne peux pas te le promettre, car de le faire serait de nier la réalité de ta (et de ma) solitude.
En plus, il y a une autre réalité; comme tout le monde, je pourrais mourir à n'importe quel moment.
Un conseil : quelles que soient les actions que tu prends, considère-les en supposant que je ne serait tout d'un coup plus là.
Normalement bien sûr je continuerai à être là pour toi. Mais tu ne devrais pas y dépendre. Ce n'est pas acceptable pour toi d'être en aucune sorte dépendant de quelque chose ou quelqu'un.
Etre libre signifie aussi être libre du maître.
En outre, il se peut qu'un jour je déciderai qu'il n'est pas en ton intérêt que je sois disponible à toi comme personne à qui parler.
D'être seul avec ceci est normal et inévitable. Trouve en toi la possibilité d'être seul avec ceci sans peur. C'est possible. Et si la souffrance existentielle vient de la peur (non pas que cela soit nécessaire), alors s'il te plaît ne soit pas surpris.

***

M:
Telles que sont les choses à présent, la vie n'a pas de signification autre que d'être.

W:
Oui.

M:
L'amour, la haine, la tristesse sont tous des apparences qui passent, rien sur quoi fonder une vie.

W:
Oui.

M:
Père, mère, femme, mari, enfant, tous des concepts sans signification plus profonde.

W:
Oui.

M:
A la fin, ça ne fait vraiment pas de différence comment on gagne sa vie.

W:
Oui

M:
A la fin, ça ne fait rien si et comment on vit.

W:
Oui. Il n(y a pas de raison pour vivre, et il n'y a pas de raison pour ne pas vivre. Mais s'il se trouve que nous sommes vivants, on devrait s'assurer d'avoir assez à manger  et de ne pas geler.

M:
En fait, il n'y a rien à discuter. Cependant, et pour cette raison même, le contact est important pour moi.

W:
Encore une fois: les mots ne sont pas de quoi nous parlons.

M:
Si ce que j'ai écris plus haut est en fait le cas, alors un vie humaine est...

W:
Oui, elle est. Point.


M:
...vraiment misérable.

W:
Misérable, inconsolable dans le sens habituel seulement si on le considère du point de vue de l'identité. Et si on le considère du point de vue de la non-identité, c'est vrai également: la vie n'a pas besoin de consolation.

M:
J'ai le sentiment que ceci n'est pas l'étape ultime, mais quelque chose intermédiaire.





W:
Bien dit. Ces états "intermédiaires" changent constamment de contenu; pourtant, ils resteront toujours "intermédiaires". Donc, reste dans cet "intermédiaire" et ne t'attends pas à ce que ça change un jour.

M:
Je continuerai et resterai avec ma situation, mon travail et ma famille.

W:
Bien.

***

M:
Comment le saurai-je lorsque j'aurai passé le cap, comment savoir quand je serai "illuminé"?

W:
C'est différent pour chaque personne. Je ne sais pas comment ça s'exprime dans ton cas. Une chose est certaine: Ce n'est jamais comment on se l'imagine ou l'avons imaginé. Et ça ne peut jamais être saisi.
Si tu as le "Tao Te Ching" (traduit en allemand par Richard Wilhelm), examine-le. Voici un passage:


Le TAO qui peut-être exprimé
N'est pas l'éternel  TAO.
Le nom qui peut-être nommé
N'est pas le nom éternel.
J'appelle "non-existence" le commencement du Ciel et de la Terre.
J'appelle "existence" la mère des êtres individuels.
Par conséquent la direction vers la non-existence
Mène à la vue de l'essence miraculeuse,
La direction vers l'existence
A la vue des limites spatiales.
Les deux sont un en origine
Et diffèrent seulement en nom.
Dans leur unité c'est appelé le secret.
Le secret du secret plus profond encore
Est la porte au travers de laquelle tous les miracles convergent.



M:
A quoi bon si rien ne change, pourquoi faire le moindre effort?

W:
Cette question ne se pose plus par la suite.
Lorsque tu seras arrivé, tu n'auras plus aucune question -- c'est à dire aucune concernant le sens. Et tu feras tout comme d'habitude (et pourquoi pas puisque là où tu es centré, tout va toujours bien), probablement tu le feras mieux, car tu n'auras plus d'exigences irréalistes sur toi-même et ne te pousseras pas contre des obstacles immuables. Et il n'y a plus de souffrance inutile, parce que tu auras appris la signification de l'acceptation.
M:
Je cherche furieusement quelque chose à faire. Quelque chose pour le faire aller plus vite.
Sans cela, il n'y a RIEN autour et à l'intérieur de moi.
Plus de PERMETTRE et ETRE, mais FAIRE et FACONNER plutôt.

W:
Cela semble être un piège dans lequel heureusement tu n'es pas encore tombé. Alors prends garde!

M:
C'est si frustrant, il n'y a pas de point de référence. Je ne sais pas où je suis, ou comment continuer, et combien de temps je prendrai pour arriver quelque part.

W:
C'est ainsi le chemin vers nulle part. Tu t'en habitueras.
Evidemment l'identité se frustre quand on ferme le robinet.

M:
Mais en même temps ce n'est pas sans substance. C'est comme si quelque chose faisait quelque chose, et ce n'est pas moi. C'est plutôt rigolo.

W:
Cela semble juste. Tu t'en habitueras.
Est-ce que tout n'est pas plus simple en même temps?
Et l'identité se moque: " quoi, est-ce si simple? il doit y avoir un truc qui ne va pas, ça ne peut pas être ainsi."

M:
Je continue à laisser être.

W:
Très bien.

***

M:
Pour la première fois je me réveille ce matin et j'ai peur. C'est comme un vice autour de moi, comme un agonie intérieure. Une sorte d'attaque de panique. Comme piégé, un sentiment de "tout est fini."

W:
Ne lui accorde aucune importance.
Je soupçonne qu'il s'agit d'un signe de l'identité qui arrive à sa fin. Sa tristesse et sa misère, que j'ai toujours pris comme étant à moi, et qui m'empêchais de progresser. C'est une lutte terrible : " pourquoi me trahis-tu, pourquoi acceptes-tu cette saloperie?"
Pose-toi la question suivante: "...qu'en serait-il si je l'abandonnais maintenant?



M:
Je ne sais pas où ça mène ou qui sortira ensuite.

W:
Cela ne mène nulle part et personne ne sortira ensuite.

M:
C'est comme ça : Je ne crois pas que ça vaut le coup et je ne crois pas que ça ne vaut pas le coup; ça ne fait rien.

W:
Le mieux serait que tu cesses de croire tout à fait.

M:
Il y a une sorte d'assurance de base, sans aucune raison. Une sorte de confiance fondamentale d'être. Un Etat d'être qui n'a pas besoin de raisons, de justifications, de réussite. Est-ce cela le " je suis Cela" dont parle Nisargadatta?

W:
Cela se pourrait.

M:
Peu importe.
J'attends toujours avec impatience tes e-mails, Wolfgang, et je les trouve toujours stimulants. Je ris tellement souvent , ça me fait sentir bien. Est-ce que la traduction de Wilhelm du I-Ching est celle publiée par Diederichs en format de poche jaune-vert?


W:
OK, premièrement, depuis aussi longtemps que je m'en souvienne, je parlais du Tao Te Ching et non pas le I-Ching. Deuxièmement, je vis en France depuis 20 ans. Comment puis-je savoir si le livre est jaune-vert ou bleu-blanc? Et puis, afin d'éviter tout malentendu : Nous ne parlons pas de clubs de foot. Hahaha. Et bien que ce soit par un sage chinois, est-ce ça veut dire que ça doit être jaune-vert? Hahaha.

***

M:
Hier j'ai complètement oublié de m'inquiéter au sujet de mon illumination ou d'en faire quoi que ce soit.

W:
Bon signe.
La prochaine fois, s'il te plaît écris-moi plus à propos de comment précisément tu agis sur mes suggestions et moins de comment tu vas ou te sens. Merci.

M:
C'était comme si "cela" se retirait.

W:
Et aujourd'hui tu souffres encore des symptômes de manque ?

M:
Je m'en foutais de tout, en particulier de ce qui à avoir avec la connaissance de soi et l'illumination. En fait la pensée même de m'en soucier m'ennuyais terriblement.

W:
Très bien.

M:
Puis je pensais

W:
L'erreur est juste là...

M:
Est-ce une identité  et est-elle là pour me saboter?
Je me suis endormi avec cette pensée, et ce matin je me suis réveillé en me trouvant dans le vieux trou.
En conflit avec moi, mes enfants et ma femme.
C'est déprimant, énervant et frustrant.
Tout tourne en cercles.
Le "dehors" s'empire et devient de plus en plus déprimant. Il n'y a aucun contentement, sans parler de bonheur. Dans l'une de nos innombrables bagarres, ma femme voulait savoir pourquoi diable je ne foutais pas le camp. J'ai dit qu'il n'y a pas de raison de partir et je tiens la décision que j'ai prise il y a quelques temps.
Et je reste jusqu'à ce que quelque chose d'autre se développe.

W:
Bien.

M:
Il y a tellement de souffrance à l'intérieur de moi, Wolfgang, ça c'est assez clair. Mais ma femme et mes enfants souffrent aussi, et je ne trouve pas que c'est du tout.

W:
Tout était comme c'était, et tout est comme c'est. Point
Ce qui ne va pas est que tu ne trouves pas que ça va.
Non pas que tu devrais le trouver bien, mais au lieu  de "trouver" que c'est d'une façon ou d'une autre, agis simplement dans le moment en toute spontanéité et pour commencer ne prends pas les "relevés diagnostiques" au sérieux. Prends note de ce qui est. Point. Au lieu de l'interpréter et de le juger comme bien ou mal.

M:
Après tout, c'est mon problème, ce qui se passe ici. Mais quand ça me prends subitement, je ne peux plus être gentil. Est-ce qu'un Maître Praticien de PNL est tenu d'avoir l'apparence d'être gentil et agréable quand il n'en a pas envie?

W:
Oui

M:
Tu m'a demandé d'écrire d'avantage sur comment j'agis exactement par rapport à tes suggestions. O.K., allons-y. Pour le moment, je lis seulement les livres que tu m'a recommandé. Je ne cherche pas un autre maître ou d'autres idées.

W:
D'accord.

M:
Je m'occupe de ma conscience. Ce qui veut dire le suivant:
Je goûte consciemment les situations intolérables dans ma vie.
Je les laisse être sans les juger
J'accepte mon être COMME JE SUIS
J'accepte tout comme étant une apparence passagère.
Je ne FAIS rien activement pour l'aider (méditation, etc.)
Je ne me compare plus aux autres.

W:
Bien.

M:
Je n'essaye pas de me libérer
Je reste avec ma famille
Je garde mon boulot

W:
Bien

M:
J'ai arrêté de me disputer avec mes parents et mon enfance:
J'ai accepté mes parents tels qu'ils sont.
Mon enfance: ceux-ci sont des souvenirs d'événements; ils sont arrivés…

W:
(Ici j'ajouterai)…et ma vie actuelle n'est pas la conséquence logique de mes expériences passées.

M:
Je ne distingue pas les recommandations de Wolfgang et les autres choses, je lis ce que tu écris, agis dessus, et oublie que ça vient de toi.

W:
D'accord.



M:
De plus en plus, je m'entraîne à être dans le présent. Sans m'enfuir dans des romances imaginaires, sans rage contre le passé.

W:
Très bien.

M:
Il y a plus de présence qu'avant. La rage, la haine, l'amour viennent et s'en vont. C'est la plus grande chose pour moi.

W:
Aller et venir. Est-ce que ça veut dire que quand c'est fini, c'est d'habitude complètement fini, sans les effets d'après-coup? Que souvent une dissociation de ce que tu viens de vivre suit  tout de suite après?

M:
Oui, c'est comme un couloir avec des portes, je circule de pièce en pièce.

W:
Très bien

M:
Mais plus exactement, voici comment ça arrive:
Une situation se développe et je réagis. "Arrête, c'est inapproprié." Et puis: " Non, c'est authentique et je vais fais ceci maintenant ."
Plus tard ma femme dira que ce n'était pas nécessaire et je n'ai PAS de sentiments de culpabilité, c'est terminé et je ne fais aucune résolutions pour la fois suivante.

W:
Bien, pas de résolutions.

M:
Je ne lis plus Siddharta
Je ne regarde plus "Herr der Gezeiten."
Je ne languis plus pour mon plus grand amour.

W:
Très bien.

M:
Je n'applique aucune technique, il y a un aspect très naturel dans tout cela. Ce qui ne marche pas encore est de pouvoir changer mon état quand la situation l'exige.

W:
Cela viendra tout seul quand tu auras été habitué à rencontrer des situations ou des gens sans concepts (simplement et naturellement comme un enfant).


M:
C'est ce qui m'a toujours ennuyé dans la PNL, ce jeu de rôle, être inauthentique. Par authentique , je veux dire qu'un état vient de l'intérieur. Pas authentique signifie que je décide d'être amical. Quand je suis dedans comme CECI et  dehors comme CELA, pour moi c'est jouer la comédie et je le déteste, car c'est ce que fis toujours ma mère.

W:
Dans le passé, comme moyen de développer ton identité, je suis sûr que tu avais besoin de te distinguer de ce genre de comportement de la part de ta mère.
Laisse ta mère de côté et continue à expérimenter.
La plupart de identités (je pourrais dire également "êtres humains non illuminés") ont besoin de se distinguer, d'une part, du comportement d'autres personnes, et d'autre part ils ont besoin de trouver des gens qui pensent de la même manière avec qui ils peuvent réciproquement se confirmer et être soutenus dans leur manières de voir, leur modes de conduite.
Ce que j'enseigne n'a bien sûr rien à avoir avec tout ça.
La liberté n'a rien à faire de se distinguer, ni  de trouver de la confirmation.
Non-identité: ici, la conduite s'adapte à la situation.
C'est la situation, le contexte qui détermine ta conduite, et rien d'autre. Ici tu n'a pas besoin de te distinguer ni de te confirmer.
Sois toujours en alerte quand tu corresponds au suivant :"je me définie comme étant x" (dans ce cas: authentique).
Lorsque tu ne te définis plus par quelque chose, ne te distingue plus, ne reçoit ni ne cherche confirmation dans ce que tu fais ou ne fais pas, alors tu es. La situation en cours entraîne seule la bonne réponse/réaction. Cela ne veut pas dire que tu dois être amical. Pour le moment je recommande que dans les situations difficiles tu attendes un moment avant de parler.
Essaie-le.
S'il te plaît demande si  quelque chose n'est pas encore clair.

M:
Je le considère comme un jeu (mon boulot). Je le joue en partie consciemment. Puis je le laisse se passer sans interférence.

W:
Bien

M:
Ce que je pratique le  plus fortement est le Ne-pas-faire.

W:
As-tu déjà trouvé et lu le Tao te ching?

M:
Oui, j'ai trouvé le livre plein de coloris de Richard Wilhelm. La Série Jaune de Diederich vol.19. J'en ai déjà lu une partie. C'est un peu bizarre de trouver Tao traduit en  "Signification".

W:
Fait rien. Je suggère que tu re-remplaces le mot "signification " par "tao" dans ta lecture

***
M:
J'ai appris la dissociation comme une manière de me voir dans une situation. C'est différent avec moi. C'est quelque part entre complètement accroc et complètement détaché.

W:
Semble être bon. Ou bien t'es dans le pétrin ou tu ne l'es pas



M:
Je sens une impulsion. Je l'examine afin de voir si d'agir selon causerais quelque dommage.  Sinon, j'agis dans son sens. Cela est véritable et authentique.

W:
Semble bon.

M:
Je sens une impulsion. Je la trouve inappropiée et fais autre chose. Cela est faux, une simulation, PNL!

W:
Mais parfois appropriée à la situation. Tu n'es pas obligé de continuer à te définir comme "authentique". Sois léger et relax:  sois plein de contradictions. Quelquefois authentique, parfois un lèche-cul, parfois un ange, parfois ceci, parfois cela.

M:
Je sens une impulsion et soudain je la suis sans la mettre en question. C'est le plus authentique de tout, mais ça devient souvent merdique.

W:
Par conséquent ma recommandation: un moment de pause.

M:
C'est mon dilemme principal; tu dit que tout va bien. Dans ce cas ça va si je frappe mon idiot de voisin sur le nez. D'OU VIENNENT LES CRITERES D'UNE ACTION; QUAND DOIS-JE SUPPORTER QUELQUE CHOSE; QUAND DOIS-JE ME DEBATTRE?

W:
Il n'y a pas de critères Tu n'en sais rien jusqu'à ce que tu sois dans la situation.
Pour la dernière fois: il n'y a pas de règles. Et il n'y a pas de liste de conduite pour l'action. Chaque situation crée ses propres règles

M:
Je vois mon enfant faire quelque chose, j'ai l'impulsion de crier et je le fais. Comment puis-je interrompre cela? Comment me désengager de là? Quand devrais-je traiter mes parents avec gentillesse, quand devrais-je les confronter et les jeter de ma maison?



W:
Bon sang, il n'a pas de règles quand on est libre.

M:
Comment est-ce pour toi? Aimes-tu ta famille? Que se passe-t-il quand ton enfant t'irrite, le sens-tu. Lorsque ton enfant se fait mal, cela te met-il en pièces?
Tu as envie d'entamer une conversation avec une autre femme, comment le gères-tu?
Tu as envie d'apprendre une langue, que fais-tu?

W:
Ce sont toutes des généralités, et elles n'existent pas pour moi. Il n'y a que des situations concrètes, et il n'y en a pas deux pareilles.
Une question qui peut-être répondue serait par exemple: quand ton fils t'a pincer le cul dans la cuisine hier matin, comment as-tu réagi?
La vie est une succession de faits. Point. Je n'ai pas de théorie pour comment se conduire. Je n'agis pas selon des règles. Même si je me trouve dans la même situation dix fois de suite, je peux réagir différemment chaque fois (un paradoxe: il se peut qu'un observateur- pas tout observateur- trouverait que je réagis pareil à chaque fois).
Je ne sais pas à l'avance ce que je vais dire, écrire, ou faire le moment d'après.

M:
Quant à moi, je suis à la merci de mes impulsions, vraiment sans recours.

W:
Sans recours, bien.
O.K., maintenant sens cet état de sans recours, associe-toi avec elle. Et laisse ce qui doit arriver arriver.

M:
Elles agissent souvent pour moi et puis je suis coincé avec les conséquences.

W:
Dans un e-mail récent tu as parlé du couloir ayant plusieurs portes --tu t'en rappelles ?

M:
Seulement remarquer, remarquer, c'est tout de quoi il s'agit? Et pour ce qui est de l'action?

W:
Ne t'inquiète pas de l'action. Elle vient toute seule. Et associe-toi avec ton impression d'être sans recours aussi souvent que possible.

***

M:
J'ai pris à cœur ton conseil de simplement mettre un terme à certaines pensées. Hier, par exemple, en me promenant, je rabaissais en moi tout le monde. D'une manière supérieure, d'en haut. Puis j'ai pensé STOP et ensuite vint la peur, mon "sentiment d'infériorité". Et puis j'ai arrêté cela aussi.

W:
Stopper est la meilleure chose à faire quand ton système nerveux veut produire des pensées énervantes du passé ou des émotions énervantes.

M:
Je ne fréquente pas le "ce serait tellement bien si j'étais quelqu'un d'autre."
Alors maintenant, après une journée horriblement stressants avec un client, je peux m'asseoir calmement dans mon hôtel et t'écrire.
Je n'ai pas besoin de reconnaissance pour mon travail, je le fais simplement et puis c'est bien.
Je remarque qu'à certains moments je veux frimer, et je peux soit continuer soit m'arrêter.
Je remarque que je peux supporter la moquerie et la critique. En quelque sorte il n'y a personne pour être vexé. Je pourrais poser des questions à ce propos sans me sentir gêné.
Mais je considère que mon père est un idiot.

W:
Ton père existe pour toi seulement lorsque tu le vois ou l'entends. De penser à une autre personne ou d'analyser son comportement n'a de sens que lorsqu'il y a des problèmes d'organisation ou de fonction à régler en rapport avec cette personne.

***

M:
Je me vois parler à moi-même et je remarque que souvent je fais des discours. Par exemple pour un séminaire de PNL. Je ne sais pas comment me l'expliquer. Est-ce la peur da la paix et de la solitude?

W:
Je ne crois pas.
Le dialogue intérieur est utile pour la préparation de projets/plans futurs. C'est une manière de faire lever des idées pertinentes ou des intuitions à la conscience - souvent accompagnées par des pressentiments agréables. La seule raison d'arrêter est si ça ne tourne qu'en ronds.

M:
Puis, quand j'ai le "sentiment" d'être, tout d'un coup il n'y a plus rien à dire.

W:
Quel est ce "sentiment je suis"?

M:
Hmmmmmm. Quand je suis simplement sans en être conscient. Le sentiment est sans mots. C'est seulement quand les mots arrivent que je sais que je l'ai eu. C'est un peu confus mais ça me va.
W:
Cela me semble bien. On dirait que le "vide" vient aménager.

M:
Et quoi si je suis intensément fâché contre quelqu'un?


W:
Ne pense pas en généralités s'il te plaît.

M:
Situation concrète:

W:
Mieux.

M:
Aujourd'hui lors d'une consultation quelqu'un fit une remarque qui me perturba grandement. Je voulais exprimer cette colère et avait peur de le faire. Quoi faire avec cela?

W:
Cela dépend de ton objectif. De juste laisser sortir sa colère n'a pas de sens. C'est mieux de sentir son désarroi (qui se cache derrière la peur). Ceci comporte aussi l'avantage de pouvoir mieux analyser sa position/point de vue, sans émotion.
Si d'exprimer sa colère peut fournir un avantage stratégique, par exemple si cela assure à ce que l'autre personne te respecte d'avantage, alors c'est bon. Mais dans ce cas on doit prendre soin d'appliquer un sens "correct" aux mots les plus appropriés, c'est à dire des mots qui  ont de fortes chances de  provoquer un changement dans le comportement de l'autre personne, ou de clarifier la situation. Cela exige un petit peu d'entraînement, et le mieux  tu connais l'autre personne, le mieux ça marche. Ne néglige jamais de considérer les aspects écologiques et les conséquences possibles dans tous les contextes y étant liés.

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Postscript de M.

J'écris ce document après quelques expériences particulières.
C'est adressé à mes amis. Ils m'ont demandé ce qu'il s'était passé là-bas.
En Mai 1999, j'étais invité à suivre un groupe maître de PNL en France du sud. Avant cela j'ai eu un contact très intense avec l'entraîneur de ce groupe, qui j'appellerai W.
J'étais dans un état très critique. J'étais impatient de quitter ma famille, mes gosses , mon travail. Je souffrais tant que je voulais mourir. Je lus et lus et lus et tenta et tenta de me débarrasser de cette souffrance. La souffrance était mon sentiment de base. Tout ce que je vivais passait par cette souffrance, j'étais sans aucun espoir.
Alors W. me donna des conseils très directs:
-ne quitte pas famille, travail etc.
-reste aussi "normal" que possible.
-tel que c'est ça va
-commence à contrôler tes pensées, cesse les "pensées assassines" et sentiments.
-lis seulement quelques livres comme Nisargadatta  
Presque tous les jours nous échangions des e-mails. je l'acceptais comme maître. J'étais tellement ébahi qu'il répondait à tous mes messages. Il était présent et il répondait à mes questions et me donna des conseils. J'accepta ces conseils. Mais la souffrance était là, j'étais méprisé par ma famille.
Il y avait un larmoiement intérieur permanent.
Ensuite il m'invita à l'un de ses groupes de travail. Et après avoir vérifié mon emploi du temps, j'ai accepté. En Mai 1999 je pris l'avion pour la France.
C'était un voyage de quatre jours et là cela arriva.
Je rencontrai W. et le groupe. Le groupe:
-des gens très "normaux"
-aucune fausse comédie
-acceptation de chaque individu
-une sorte "d'amour" que j'ai seulement ressenti avant à la Findhorn Foundation.
-fumer et boire du café, pas de magie, pas de règles
-W était l'entraîneur mais pas spécial non plus
-s'asseoir en conversation, s'asseoir en silence, en riant
Et W. me demanda pourquoi j'étais venu et je parlai de ma souffrance et de mes cris intérieurs. Puis un membre du groupe parla et "travailla" avec moi. Et avec son aide je fit face à et expérimenta cette souffrance - et traversa. Derrière la souffrance , il n'y avait
-----------RIEN----------. J'expérimentais de n'être rien, une partie du néant. Les autres étaient très présents, ils ne "m'observaient" pas d'une façon clinique, plutôt comme "nous savons ce qui se passe, vas-y, continue, nous sommes là".
Après cela mon corps ne fonctionnait pas très bien. J'étais très désorganisé. Cela me prit du temps avant de pouvoir bien marcher. A partir de ce moment, tout était comme avant et simultanément totalement différent. Alors ma souffrance étaient là aussi, et mes pensées et mes émotions, mais je les expérimentais de manière très différente. Elle ne me serraient pas à la gorge. C'était plus comme voir un film.
Je pouvais l'arrêter, le regarder ou peu importe.
Donc je partageais un moment intense avec les autres, mangeant , buvant, jouant, silencieusement, bruyamment, fumant, dormant, enseignant, parlant, expliquant, sentant, écoutant, partageant, partageant. Et plus je donnais, plus je devenais riche.
Ce que j'emportai avec moi:
-il y a souvent une grande fatigue, au-dedans de laquelle la souffrance et les pensées et les Identités ne sont pas si fortes, ça va d'être là
-oubliant des choses que je connaissais très bien autrefois va aussi, essaye de t'organiser avec les emplois du temps
-agis comme une personne normale
-sois présent, seulement au présent les choses s'accomplissent
-PAS DE REGLES  PAS DE JUGEMENT TOUT EST TEL QUE C'EST

Ce qui a changé dans ma vie après cela:
-je suis resté avec ma famille, MAIS je vois les femmes dans le monde et ça va très bien
-j'ai arrêté de lire des livres spirituels ! Assez, pour le moment, qui sait ce qui  aura lieu dans 5 min.
-je ne suis pas aimé dans ma famille comme avant, je me fâche et gueule parfois MAIS la situation est terminée après. Ce n'est pas suivi par un jugement de moi-même.
-je suis capable de montrer mon amour dans ma famille
-j'ai accepté mes parents tels qu'ils sont. Bien sûr je me sens comme un petit garçon quand je les rencontre, et je suis en colère du passé mais ça ne me possède pas. Le besoin de les changer s'est évanoui.
-je fais mon travail assez normalement, pas besoin d'être le meilleur.
-les moments d'être avec moi-même deviennent de plus en plus longs. M'asseyant dans le monde à regarder, écouter, - n'utilisant aucune méthode
-Arrête d'apprendre des techniques et des méthodes comme règles, seulement ce qui est nécessaire
-bois du vin français
-je me sens très présent mais pas captif. Telle chose arrive et je me met en colère, devient heureux ou que sais-je. Et puis le moment suivant arrive et le suivant et le suivant…moment par moment. Pas de vision, pas d'objectifs spirituels.
-j'ai perdu ces objectifs d'une vie. Mes objectifs sont le prochain verre de vin, ou café ou coca; la prochaine musique; la prochaine chanson ou que sais-je encore; d'avoir suffisamment d'argent
-j'ai perdu le besoin d'être spécial ou important.
-j'aime ma fatigue et les moments lorsque je suis présent comme le rayon d'un laser
-j'effectue mon travail journalier directement, lavant la vaisselle, cuisinant des repas, moment par moment
-ma famille pense comme avant que je suis très fou et pas normal…
-mes identités sont là comme avant, MAIS le crochet n'accroche plus très souvent
-je me fâche contre d'imbéciles conducteurs d'automobiles ou bien la compagnie des trains comme avant , MAIS pas de crochet.
-je vois des femmes et j'imagine que nous faisons l'amour et au coin de la rue elle sont parties…
-j'aime bien déjeuner chez  McDonald comme aussi d'être dans des hôtels première classe, PAS DE REGLES, PAS DE JUGEMENT
-le besoin de grandes vacances à l'étranger est parti. CAR tout est ici.
-le besoin d'impressionner les autres est parti. MAIS si je veux je peux impressionner.
Alors, comme vous lisez, il n'y a pas de noms dans ce texte, y inclus le mien. Au revoir.