Dialogues par E-mail avec Markus 1
Janvier -Mai 1999
M:
Depuis aussi longtemps que je m'en rappelle, j'ai vécu ma vie d'une manière qui n'était ni associée ni dissociée. J'en faisait seulement l'expérience. C'était une position intermédiaire. Je ne me suis jamais senti comme appartenant à quoi que ce soit. Dès que j'ai appris à lire, je cherchais des maîtres, car ce que je voulais apprendre, ni mes parents ni les personnes que je rencontrais ne pouvaient le faire. Je voulais savoir qui ou ce que je suis vraiment. Tout en l'écrivant je sais que je l'évite. Mais à présent, ma souffrance intérieure s'accroît de plus en plus et ce désir commence à s'animer de ses propres ailes.
Je suis marié, père de deux enfants. Je travaille comme indépendant dans le ITS (Services Technologiques de l'Information) en Consultation et Formation. J'ai participé à des séminaires sur l'analyse de transaction, la concentration, la PNL (maître praticien), et plus récemment encore, la psychologie quantique de Stephen Wolinsky. En octobre, je commence un cours en formation de Feldenkrais.
J'ai toujours pensé: maintenant je l'ai, tout est en ordre, j'ai atteint le but, sans jamais savoir ce qu'est le but. Je ne m'assied pas pour pratiquer les exercices de Stephen pour dissoudre les identités. Je deviens submergé par des humeurs incontrôlables. J'en fait l'expérience et vois tout vraiment très clairement, mais je ne fais rien. Toute la PNL, toutes les techniques, je n'en fait aucune. J'ai cherché dans votre livre pour cette sorte d'aide, mais je n'ai trouvé que des références à vos séminaires. "Etre capable de me motiver à tout moment et savoir comment changer mes humeurs" -- celui là attira mon attention. C'était du vent dans mes voiles, une nouvelle poussée de tentative et d'échec.
Je ne peux pas l'abandonner et ne peux pas le tirer jusqu'au bout. J'en ai assez de courir d'un séminaire spirituel à un autre. Je peux sentir quelque chose en moi que je recherche. Je l'ai expérimenté, c'était de la paix et un sentiment d'être arrivé, et puis la descente était plus redoutable que jamais. Je n'essaye plus de le retrouver.
Je pensais avoir le dessus sur tout , jusqu'à la naissance de mon premier enfant. Puis toute ces choses de mon enfance refirent surface. La peur horrible d'être seul, et l'agressivité de mes parents; Sauf que maintenant c'était moi qui agressé mon enfant, et cela m'était insupportable. Aujourd'hui, avec beaucoup d'efforts, j'arrive à empêcher ma vie extérieure, mon mariage et mon rôle de parent de s'effondrer. mais je rêve de m'échapper de tout cela, de ne plus exister. Tout ce remue-ménage entre une humeur et une autre, tombant sans cesse amoureux d'autres femmes, ce qui transforme ma vie en enfer, car ça n'arrête pas de se reproduire.
Je ne sais pas ce que veux de toi, Wolfgang; je suppose ne pas être seul avec toute cette folie. Je n'ai personne avec qui partager tout cela. Les gens me regardent avec tant de pitié, et pourvu que je fasse du bon travail, ils tolèrent ces propos insensés.
Je joue mon rôle dans la vie, mais je ne suis pas dedans. Ce n'est pas ma vie. Je ne peux même pas dire à ma femme que je l'aime, parce que je n'ai plus d'amour; pas d'agressivité non plus--c'est presque comme si j'étais mort. J'ai lu le livre de Stephen Jourdain "Perspectives d'un fumeur invétéré illuminé", et ma devise est: JE SUIS SEUL.
Je remarque que mon attention s'affaiblit ainsi que mon intérêt dans ma profession.
J'en ai ras-le-bol des ordinateurs. J'aime le travail de Feldenkrais. Cela me ramène à mon corps que j'ai négligé, ne pratiquant aucun sport, yoga ou entraînement autogène.
Ce qui m'a motivé de vous contacter est simplement le fait que, mis à part Dilts, vous êtes le seul à ne pas utiliser la PNL pour jouer avec la tête des gens. Je m'étais plus ou moins détourner de la PNL. Puis vinrent Wolinsky et votre livre, me ramenant à quelque chose qui me plaisait beaucoup sans trop le mettre en application. Je n'ai jamais pu appliquer la PNL à et pour moi-même. Vous l'avait fait pour la première fois. Et maintenant j'apprend par votre exemple.
Wolfgang:
Qu'est-ce qui vous plaisait beaucoup mais que vous ne mettiez pas en application ?
Qu'est-ce que vous apprenez exactement par mon exemple?
Quel est votre but dans la vie?
M:
Ce qui me donnait du plaisir mais que je ne mettais pas en application? La manière que je cessais d'exister pendant mes stages de PNL. L'ego planificateur et intriguant n'était plus là. (Je) était un procédé, un glissement, un état d'être avec l'autre. Aucun but, aucun plan. J'étais partout et nulle part.
Quels que furent les prochains pas à faire, cela arriverait tout seul, ou peut-être qu'il n'y avait pas de prochain pas.
Ce n'était comme ça lorsque je voulais travailler sur moi-même. Je ne pouvais pas l'appliquer à ma vie. Non pas que je ne maîtrisait pas les techniques, mais la résistance était trop importante, et je n'ai jamais pu prendre le dessus. En travaillant avec les autres, oui, mais pas avec moi-même.
Pendant le stage, nous avons fait un exercice qui était supposé clarifier ce avec quoi nous nous identifions; je suis un mari, un père, un amant, un expert ITS, etc. Puis nous devions trouver l'identité la plus centrale et nous étions dit: celui-ci est intouchable, si celui-ci s'en va, je n'existe plus, donc celui-ci devait demeurer intouché.
W:
Voilà précisément ce qui doit arriver si on veut aller jusqu'au bout de son évolution: arrêter de fonctionner comme une identité et cependant agir comme si on en avait une dans sa vie quotidienne. C'était dans quelle année? Combien de temps cela a-t-il duré?
M:
Je pense que c'était vers 88/89. Ce "je n'existe plus" a seulement existé pendant les réunions de PNL. Dans la vie courante, j'existais très certainement. Puis ce fut deux fois pire, car j'insistais à le faire marcher en tout lieu et moment, et surtout à l'intérieur de moi. Cela arrive encore aujourd'hui lorsque j'enseigne. Pendant mes stages ITS, ça arrive aussi de temps en temps. J'ai offert de l'entraînement et des stages de PNL dans le secteur des affaires. Là ça devient vraiment intense et dure longtemps. Je n'ai pas un concept permanent. Je fais ce qu'il y a à faire au moment. Parfois je pense que je vais me coincer, puis je suis surpris par la façon que ça se développe.
Vers la fin du stage, je commençais à rabaisser dans ma tête les stagiaires, je les trouvais incompétents et immoraux. Ensuite, toute la méthode me paraissait comme un tas d'ordures.
Vous avez demandé "qu'est ce que vous apprenez exactement par mon exemple?"
Continuer à partir de là où le travail sur les identités cessa à cette époque. Continuer à poser des questions. Réaliser ce que vous dîtes dans votre livre, que 1% de nous sont engagés dans la vie et les autres 99% sont derrière ou ailleurs. Ce que je veux dire par "votre exemple" est que vous êtes allé au-delà du point où j'ai arrêté.
W:
Ce n'est pas quelque chose que vous pouvez imiter ou saisir par l'exemple d'autrui. Cela ne peut servir que comme motivation pour croire, pour sentir que c'est possible (pour vous aussi).
M:
Ce que je peux apprendre de vous est de commencer par appliquer la PNL sur moi-même et non sur les autres. Vous avez demandé "quel est votre but dans la vie?". Je n'ai pas de but. Je n'ai pas de vision, pas d'objectif. Les buts n'ont jamais abouti dans ma vie. Si j'ai un but, c'est d'être moi-même et de mettre les bagages de mon enfance à leur place. Une vie en liberté. Etre libre de prendre des décisions sans le brouillard d'aliénation dans lequel j'ai grandi. Mon but est de ne pas avoir de buts, afin que je puisse percevoir tout tel que c'est, et de toujours prendre des décisions qui sont fraîches. Mon but est d'être dans l'état d'Etre, sans arpenter le futur, sans visions qui me bloquent la vue.
W:
Te rends-tu compte que tes deux dernières phrases ne s'appliquent pas à ce que j'appelle la partie fonctionnelle de la vie? Etre dans l'être signifie en effet ne plus avoir de visions. Mais la vie de tous les jours avec toutes ses obligations n'entrave pas cela. Lis s'il te plaît "je suis cela" par Nisargadatta. Pendant ce temps, comment as tu géré les événements ou rencontres désagréables?
M:
Je les ai expérimenté. Puis je voulais travailler sur eux avec la PNL. Cela ne donnait en général pas de résultat, et j'en devenais encore plus frustré. Je comprenais tout clairement comme du cristal et NE CHANGEAIS RIEN. Aucune reformulation , rien. Je croyais que ça ne pouvais pas marcher pour moi, ou bien je ne le voulais pas.
W:
Que penses-tu en était la raison?
M:
La raison est que je ne suis pas digne de me sentir bien. Si j'allais mieux, et que j'étais heureux, mes parents auraient "gagné". Ce serait une plume dans leur chapeau. Je voulais rester tel que j'étais. Et de dire REGARDEZ BANDE DE SALAUDS, c'est de votre faute. Gagner en perdant est comment l'appelle Stephen et je l'ai compris. Ce que je veux dire par "compris" est que je ne le fais plus. Je ne blâme plus ma mère. Je dirais que jusqu'à aujourd'hui, mon objectif était de me venger de mes parents. Ils étaient ma cible. Et à présent j'envisage d'autres directions.
W:
Tu as créé la cible et tu peux la faire disparaître simplement en tuant toutes les associations qui lui sont liées quand elles surviennent, comme avec un poignard. Le mieux serait d'arrêter de créer toute pensée-cible (ou de leur tirer dessus ou poignarder lorsqu'elles apparaissent) et de tourner plutôt ton regard vers l'intérieur (vers ta souffrance existentielle de ne pas être libre).
M:
J'ai encore une mauvaise relation avec moi-même. Mais les moments où je m'aime bien ou m'amuse vont en se multipliant. Déjà je me sens digne de participer à des rencontres Feldenkrais et de les apprécier. Aussi, maintenant, après Jourdain, mes rêves sont plus plaisants. Je suivrai ton conseil, Wolfgang, et ne ferai rien pour changer mes circonstances extérieures comme la famille, le travail, etc.
W:
Bien.
M:
J'ai peur que lorsque j'arriverai au bout de tout ça je finirai dans un asile et ma famille devra se débrouiller sans moi. (Est-ce une identité qui dit cela?)
W:
Oui.
Pour atteindre le but (et non pas devoir avoir peur d'atterrir chez les fous), il est absolument nécessaire de rester fonctionnel et de s'acquitter de ses devoirs familiaux aussi consciencieusement que possible. D'agir constamment comme si tout allait bien.
M:
Je passe aussi plus de temps avec ma famille ou tout seul ou bien visitant des séminaires. Pour certains de mes collègues, cela ne va pas du tout. Cela va bien pour moi et ma famille. Actuellement, je participe à un séminaire à Memmingen, et souvent je ne m'intéresse pas aux sujets qui sont présentés. Tout ces courses et bousculades ne me touchent plus.
W:
Ca sonne bien.
M:
Ce sont tous des changements par rapport au passé. Comment dois-je faire? Etre gentil même si j'en n'ai pas envie?
W:
Oui. A moins qu'il ne soit temps de donner une leçon à l'autre gars.
M:
Travailler, même si ce n'est pas nécessaire???
W:
Fais tout pour ne pas trancher. Donne des excuses plausibles, et quand ce n'est pas possible, serre les dents. Ne laisse personne savoir ce qu'il se passe à l'intérieur de toi. Soit comme le caméléon, t'adaptant à ton environnement.
***
M:
C'est très amusant d'échanger des e-mails avec toi, et ce que tu écris a du sens. J'accepte ton conseil et je continuerai "incognito".
W:
D'accord
M:
Depuis que j'ai commencé a correspondre avec toi, je me vois m'installer dans un état d'être normal, passant inaperçu et étant gentil au moins une partie du temps. Maintenant, j'ai l'impression d'arriver nulle part. Les expériences que j'avais s'estompent peu à peu et je deviens un Joe moyen, ce qui avant m'effrayait beaucoup.
W:
C'est bien.
M:
Je l'accepte simplement et pense que je trouverais comment ça continuera. Juste à l'instant, j'avais l'impulsion de te demander un exercice que je pourrais faire chaque jour; mais je n'ai déjà pas fait ceux de Wolinsky, donc je n'en prend pas la peine.
Après le dernier séminaire que j'ai assisté à Munich, j'ai annulé tous les prochains séminaires ITS- ça ne m'intéresse plus. Je trouve une si grande satisfaction à être avec ma famille, ce qui n'était pas avant le cas. D'une part je dirais que je m'installe dans l'insignifiance, d'autre part, je trouve plus le contact avec moi-même, quel que soit le sens de cela.
W:
Très bien.
M:
Demain mes parents viennent nous visiter. Pourrais-tu me donner quelques astuces pour savoir comment avoir affaire avec eux, ou plutôt avec moi-même pendant leur séjour?
J'ai beaucoup de rage contre ma mère, mais je sais que ce n'est pas la même personne qui m'a traité ainsi il y a des années. Je me sens tant déchiré à l'intérieur. D'un côté je les hais et méprise tous les deux, de l'autre j'ai de la pitié pour eux.
W:
Personne n'est responsable pour ton manque de liberté (jusque-là)
Tout était tel que c'était, et tout est tel que c'est.
Si tu ne projettes plus ta rage contre ta mère ou quelqu'un d'autre, tu seras confronté avec la douleur de séparation (ta croyance originelle). Cette confrontation avec toi-même est quelque chose que tu dois supporter si tu veux te libérer.
Chaque fois que tu penses à ta mère ou la vois, accepte les sentiments qui jaillissent en toi et-- ceci est extrêmement important-- détache ces sentiments complètement de ta mère. Accepte le fait que cela peut-être désagréable. Prends le temps pour apprendre comment avoir affaire avec cela.
M:
J'ai bien passé la visite de mes parents. Je trouve qu'être "normal" est très difficile. J'ai presque aucun contact avec ma femme, et j'en ai de plus en plus marre de mon boulot. Je ne vois aucun échappatoire non plus.
W:
Oui, c'est ainsi que ça se passe lorsque la croyance originelle se manifeste.
Le "côté sombre de l'âme". En as-tu jamais entendu parler?
J'ai moi-même passé trois ans à végéter dans cette condition en travaillant comme entraîneur de PNL et psychothérapeute. L'important est de tout laisser aller comme d'habitude. Changer quelque chose dans tes circonstances extérieures ne changerait en rien cette situation sans issue. Pour vivre la libération d'une manière durable, il est indispensable de "s'habituer" à cette "situation sans issue". Il n'y a pas moyen de le contourner. Passer par là est "normal".
M:
Je ne suis plus heureux, je néglige mon corps et laisse tout prendre son cours sans aucun véritable engagement. En quelque sorte ça m'est égal.
W:
Cela ne pourrait pas être autrement.
M:
Devrais-je "me ressaisir" ou tout laisser circuler, ou quoi?
W:
La seule chose qui compte est que tu fasses tout ce qui est exigé de toi aussi consciencieusement que possible, comme si ça ne t'était pas égal.
Cela n'allège pas le désespoir et le "ça m'est égal", mais en toute probabilité cela raccourcira ton temps de souffrance.
"laisser tout circuler", toute cette bonne vieille idéologie nouvelle âge: fous-la à la poubelle. Ce n'est même pas bon à recycler. "Te ressaisir"-- je ne l'appellerais pas comme ça non plus, ça sent l'effort délibéré de faire quelque chose dont tu n'as pas vraiment envie. Non, ce n'est pas ça. C'est d'avantage: je m'en fous comment je me sens, je fais seulement ce que j'ai à faire, comme je vais pisser lorsque "j'en ai besoin"
Pour ce qui est de votre corps: Feldenkrais est la meilleure approche que je connaisse.
Une recommandation: rends visite régulièrement à un bon entraîneur.
Pour tout autre sujet de plainte: un homéopathe-acupuncturiste compétent.
M:
Je n'ai pas envie de m'endormir et le matin je n'ai pas envie de me lever.
W:
Cela aussi est parfaitement normal. Lorsque l'identité tombe en morceaux, les stratégies de motivation commencent à s'écrouler. Cependant, continue à faire ce qui est requis.
Les états intérieurs sont complètement hors de propos. Que tu te sentes bien ou pas si bien, tu fais juste ce que tu as à faire. Après un moment, tu t'habitues à ne pas t'en faire comment tu te sens. A ce moment là, tu n'es plus dépendent de te sentir bien ou mal. Cela devient simplement insignifiant. Et tu développeras des stratégies pour faire du bon, même de l'excellent travail, ou mener ton rôle paternel à la satisfaction de tous, cependant que les pires horreurs ont lieu en toi.
Normalement, personne ne devrait remarquer ce qui se passe en toi. Tu peut être sûr que tu es sur le bon chemin lorsque les gens te font des éloges ou te complimentent sur ton apparence saine, équilibrée, ou même dynamique, pendant que tu ressens le plus extrême, inéluctable désespoir inimaginable. D'en parler n'aide point (au contraire), à moins que ce ne soit avec quelqu'un qui en ait eu l'expérience et qui sait aussi ce que ça veut dire.
M:
Dans un de tes e-mails, tu as parlé de la souffrance existentielle en disant que je devrais l'examiner. Et bien, il se pourrait que j'aie fait cela aujourd'hui en conduisant vers Augsburg. Avant de partir, ma femme m'a dit assez clairement qu'elle pense que le mieux serait que nous nous séparions. C'est à dire que je m'en aille.
W:
Que penses-tu, ou que dit-elle, être la raison principale pour qu'elle veuille une séparation?
M:
Parce que je ne semble plus rien sentir pour elle. Parce que je me mets dans tous mes états sur un film comme "Der Herr der Gezeiten". Parce que je tombe passionnément amoureux d'autres femmes. Parce que nous ne faisons pas beaucoup l'amour. Parce que je ne m'entends pas bien avec les enfants. Parce que je suis plus un fardeau pour elle qu'autre chose. Parce que j'ai souvent fait allusion au fait que je crois que je serais plus libre sans elle et les enfants.
W:
Cela est une illusion. Etre libre ne dépend pas des circonstances. Des situations considérées comme "difficiles" contribuent plus en règle générale plutôt que moins à une personne qui cherche à se libérer. Tant que ta femme ne te met pas à la porte, je te conseillerais de ne partir pour le moment.
M:
J'ai porté ça avec moi tout ce temps, remarquant mon manque total d'intérêt, et puis c'était là en moi, cette tristesse, cette douleur partout.
W:
Cela me semble parfaitement normal, naturel et humain.
M:
C'est l'humeur fondamentale de ma vie derrière tout ce que je fais, ce désespoir, cette tristesse. Beaucoup de choses ont traversé ma tête, et que devrais-je en faire maintenant? Quelle technique puis-je utiliser? Où trouver de l'aide, qui peut m'aider à présent dans ma condition?
W:
Personne. Tu es tout seul avec ça. Avec la douleur primaire de ne pas être libre. Quiconque veut vraiment être libéré doit passer par là.
M:
Puis je laissais la tristesse être tristesse. Ne faisant rien pour m'en débarrasser ou le changer d'aucune façon.
W:
Probablement parce que tu sens (avec raison) que rien n'aide vraiment.
M:
Entre temps je suis à l'hôtel m'évoquant tout cela, mais je le sens encore, c'est une vraie souffrance. C'est toujours en moi et toujours là, seulement je ne le remarque pas toujours. Le mieux va mon mariage, le mieux va mon boulot, le plus ça recule dans l'arrière plan. Ce sont des larmes intérieures qui ne tarissent jamais. Qui pleure pourquoi?
W:
Il n'y a rien de pire que la douleur de la séparation. Supporte la, comme l'indien captif attaché au poteau et torturé. Quand tu étais un petit enfant vivant les phases variées de défiance (le développement pas à pas de ton "je") tu ressentais sans doute la même chose. A cette époque tu avais l'espoir que plus tard, lorsque tu serais grand, tu serais capable de compenser toute cette souffrance par une vie comble. Maintenant ce dernier et plus important espoir (qui était illusoire depuis le début est en train de mourir. Ce qui demeure après ça est le vide même. Ce vide est la liberté. Nirvana veut dire "rien".
Cela ne se passe pas en un jour.
Ces larmes intérieures sont comme les symptômes de manque du junkie. Ta drogue était l'espoir d'une vie sans cette douleur. Une vie sans cette douleur n'est possible que lorsque cet espoir s'est consumé et que tu n'en es plus dépendant. Ce procédé est accompagné par des symptômes infernaux de manque. Mais mystérieusement tu arriveras cependant toujours à avoir assez de force pour gérer tes circonstances extérieures.
***
M:
Aujourd'hui j'ai agi selon ta suggestion-- je sui plus amical aux personnes qui m'entourent. je n'ai pas besoin de les mettre à leur place en leur montrant que j'évolue plus qu'eux. Je peux les laisser être. J'ai cessé de rassembler des forces par égard pour une pseudo-auto-gratification.
C'est plus facile de vivre ainsi, pour tout le monde. Je n'ai pas besoin de fourrer la vérité dans la gorge des gens.
W:
J'ai de la peine à imaginer, vu l'état où tu te trouves actuellement, que quelqu'un veuille écouter tes vérités (je plaisante).
M:
Ce matin j'ai commencé spontanément avec du yoga et je n'ai pas trop mangé aujourd'hui. C'est marrant.
W:
Très bien.
***
M:
Je veux revenir là où j'en étais avant que ne commence tout ce feuilleton. Je suis allé assez loin dans la vie, je me suis prouvé en action, à présent je veux de la paix avec moi-même et les autres. Je suis las, très très las. Quelquefois je me stimule, essaye d'impressionner les gens, vais en avant, arriver aux premiers rangs du succès, et puis je remarque ce que je fais et puis il y a le vide. C'est assez misérable. Des vacances. Des vacances de moi-même également. Tu sais, Wolfgang, parfois j'ai vraiment envie de mourir. J'aurais la paix à ce moment là.
W:
Si l'illumination n'existais pas, tous les illuminés se seraient sans doute tués. "Meurs avant de mourir" quelqu'un a dit une fois.
M:
Je me sens souvent retenu et handicapé par mes enfants. Et lorsque quelque chose se passe dans ce moment, j'ai vite fait de leur gueuler dessus fort. C'est une copie carbone précise de ma propre enfance. Je ne peux ni ne veux pas avoir affaire avec mes enfants. Ma femme dit qu'ils sont les produits de notre amour. Cela fait mal… . Quel amour, où est-il parti? Il y a quelques rares moments de bonheur avec ma femme et mes enfants. Et récemment je préfère être à la maison.
Mais je ne suis pas là, c'est comme si seulement une partie de moi était là et l'autre absente. Comme si j'avais trahi ces parties quand j'ai fondé une famille. Après avoir juré si sincèrement que je ne deviendrais jamais comme ça, encore moins de me marier ou même avoir des enfants.
Je refuse d'être heureux et content -- cela voudrait dire que mes parents auraient gagné. Ils penseraient qu'ils avaient bien fait les choses à l'époque. Je veux qu'ils souffrent comme j'ai souffert. Et je ne veux pas m'occuper d'eux quand ils seront âgés. Je les rejette, je rejette mes enfants, ma femme, et surtout moi-même. Je ne veux plus être moi-même. Je ne plus devoir être au sommet de ma profession. Je ne veux pas être obligé de me rattraper aux développements les plus nouveaux. Je veux être simple. Un être humain simple. Sans désir de vengeance ou un sens de mission.
W:
Oui, ça à l'air bien. Bon, maintenant mémorise ceci et rappelle-le toi à chaque fois que ça survient: ta femme, tes enfants, tes parents n'existent seulement que lorsque tu es directement en contact avec eux, c'est à dire au téléphone ou au même endroit. Autrement ils n'existent que dans ton imagination, c'est à dire que tu les crées dans ton cerveau. Donc quand il n'y a pas un contact direct, dès que la moindre pensée d'eux commence à s'éveiller, débarrasse t'en. Cela ne fait rien comment tu y parviens: supprime-la, tire-lui dessus, laisse le vent l'emporter, peu importe. Aussi vite que possible. Essaye jusqu'à ce que ça marche. Cela peut-être toujours la même stratégie ou tu peux la varier. Ce qui compte est que tu essayes à chaque fois, même quand ça ne marche pas. Sois toujours vigilant afin que tu puisses reconnaître quand tes neurones produisent une pensées de ces personnes, et prends action tout de suite. Avec de l'entraînement, tu y arriveras. Tiens-moi au courant comment tu progresses avec ça.
***
M:
Je ne sais pas pourquoi tu dis cela avec tant de force et de clarté, mais je commence à le pratiquer. C'est comme s'il y avait une partie qui dirait: d'où tient-il ça, c'est fou, j'en ai jamais entendu parlé. Et l'autre partie le fait seulement sans poser de questions. Je suis seul, le (pseudo) abri de mes familles est à ce moment là parti.
W:
Oui, précisément. Tout qui n'est pas lié au présent, à la situation externe dans laquelle tu te trouves, est "pseudo".
M:
Tes manières de formuler, Wolfgang, me paraissent un peu trop violentes. Ou cette véhémence devrait-elle en faire partie, une éradication?
W:
Une éradication seulement en dernière mesure, quand rien d'autre n'aide. La question qui nous concerne est de cesser d'avoir des pensées-sentiments de personnes qui ne sont pas présentes. Comment tu y arrives ne fait rien. En tout cas, être véhément avec cela ne te fera pas de mal.
M:
J'ai peur que si je le fais comme ça, ils ne deviendront que plus forts???
W:
Essaie-le et si c'est le cas, mets au point tout de suite une autre approche. Prends l'exemple d'un guêpe qui m'embête. Je tente doucement de la faire partir. Si ça, ça ne marche pas, il se pourrait que j'en arrive à la tuer. Bien sûr, si je n'y arrive pas du premier coup, la guêpe deviendra folle et essayera vraiment de me piquer.
M:
Est-ce que ceci s'applique à toutes les personnes ou seulement à celles que tu as mentionné? Et qu'en est-il des souvenirs nostalgiques, devrais-je les traiter de la même façon?
W:
Je pense que ce sera plus facile si tu commences avec un groupe sélectionné. Par la suite, ceci devrait inclure toute personne non présente. Oui, les souvenirs nostalgiques sont du poison. Jette-les à la poubelle dès qu'ils surviennent. Tout sentiment lié au passé (nostalgie, etc.) ou au futur (envie, espoir d'une vie meilleure, moments merveilleux etc.) sont du poison.
M:
Ouais, merci, je comprends. Je remarque comment Etre Ici devient plus clair.
W:
Explique-moi ce que tu veux dire s'il te plaît.
M:
Hier soir, j'ai vu les murs, la table, et la chaise de manière très tranchante, distinctement, c'est comme si je pouvais sentir la table sans que je fasse un geste, presque comme si j'étais la table. La même chose en marchant dehors aujourd'hui. Je vis réellement les gens. Je les vis dans leur actualité. Vraiment, sans associations, sans jugements ou rêves. Ils étaient simplement là. Tranchant car il n'y avait rien qui faisait obstacle, pas de rêve en coton, pas de teinte rose. Cette clarté faisait presque mal. C'est pourquoi je dis "tranchant".
W:
Très très bien. C'est ce que Don Juan appellerait "voir". Maintenant tu as gagné un aperçu de ce que ça signifie. N'essaie seulement pas de le reproduire. Ou bien ça arrive tout seul ou ça n'arrive pas.
M:
Je suis assis dans une chambre d'hôtel, existant. Pas plus ni moins.
W:
Oui, exactement. Il n'y a pas plus que ça, ni moins. La réalité. Et c'est ainsi dans toutes les situations où tu te trouves, lorsque tu retires les produits imaginaires de ton cerveau (qui sont toujours liés au passé ou au futur) au lieu d'y croire.
Les points suivants s'appliquent à tout ce que j'écris ou suggère:
1. Fais uniquement ce que tu peux carrer avec ta propre conscience (et particulièrement ne fais rien parce que tu me considérerais comme une autorité).
2. Lorsque que tu décides de la faire, fais le un certain temps et découvre ce que cela te rapporte. A ce stade de ta vie, essaies-tu encore de répondre aux attentes des autorités?
M:
Je ne sais pas. J'ai simplement peur de certaines personnes et de quelques situations. J'ai aussi peur de revendiquer mes droits. Dans la circulation ou lorsque quelqu'un est dans mon chemin. A cause de ce comportement, j'ai moins de confrontations. J'évite les conflits.
W:
C'est drôle, mais ça me semble être sage.
M:
Et j'étends cela à toute personne à laquelle je m'attache. Mon grand amour, mes déceptions, toute pensée de personnes non présentes, je les laisse seulement être, je les laisse passer.
W:
Oui, bien.
M:
Cela marche bien côte à côte, mais les sentiments?? Ils sortent vers mes romances secrètes imaginaires.
W:
Serpents? - poison
M:
Aujourd'hui, j'ai fais certaines choses dans cette direction. J'ai mangé quand j'avais faim, j'étais en contact avec moi-même. Mais qu'en est-il des rêves, espoirs, et visions qui forment l'existence humaine?
W:
Largue-les. A la poubelle.
M:
J'ai tellement peu à offrir. Et ça ne me touche pas, car à qui l'offrirais-je? Pour ce qui est de ce qui se passe vraiment, je ne peux pas en parler, parce qu'il n'y a pas de mots. Oui, il y a plus d'espace quand je ne porte pas tant de caractères avec moi.
W:
Oui, continue comme ça.
M:
Je suis sûr que je n'ai pas accepté mon rôle, je ne me sens pas à ma place, en fait je me sens de trop. Je ne veux pas être ici, je ne veux pas m'occuper de ma famille, j'ai assez à faire rien que tout seul. Je les voudrais tous hors de mon chemin quand je me lève le matin, afin que je puisse commencer la journée sans entendre, Papa ici, Papa là. Pour moi de dire: oui, j'accepte tout tel quel-- serait un mensonge. Ce n'est que souffrance pour moi, une fuite permanente.
W:
Une fuite permanente de la souffrance. Et juste là est une partie du chemin que tu doit prendre si tu veux trouver une sortie: accepter cette souffrance que tu sens si clairement.
Il y a deux sortes de souffrances: la sorte inutile et la sorte utile. En termes simples, la souffrance inutile est lorsque tu n'acceptes pas la souffrance que provoque la présence de ta famille et que tu songes à t'enfuir à la place.
Tu verras que cette souffrance , si tu l'acceptes, a des nuances et graduations. Ce n'est pas toujours pareil, et parfois ce n'est pas là du tout.
Laisse-toi être surpris. Et ne te tracasses pas avec les pensées qui en découlent. Elles n'ont pas beaucoup de valeur (encore une fois, chaque fois: à la poubelle . Malheureusement, ça ne se fait pas d'un seul coup.
M:
Mais j'aimerais bien. Et quelquefois j'y arrive. Mais ce sentiment d'être trahi, attrapé, jeté aux loups est souvent si fort, et il n'y a pas moyen de le balancer à la poubelle.
W:
Je suis d'accord. Ce qui est demandé est une acceptation, une endurance à souffrir, sans résignation.
M:
Mon bien-être personnel est pour moi absolument n°1. Les autres viennent en second.
W:
Tes enfants ne sont ni la cause ni le déclic de ta souffrance (la cause et le déclic sont en toi).
Le bien-être permanent n'existe pas.
Etre libre signifie aussi que bien ou malade, souffrant ou en extase, ça ne fait pas de différence. Bien sûr que ça prend un moment pour s'habituer à accepter la souffrance utile et à éviter la souffrance inutile (qui est souvent le même procédé). Dans le processus de libération, cette façon d'agir est l'élément essentiel.
M:
Tant que je voyage loin de ma famille, je suis en meilleure forme, mais le premier jour après mon retour est un vrai enfer. Je m'aperçois que maintenant ceci est la partie la plus stressante de ma vie. Et je n'en veux plus. Je ne peux pas me forcer de les aimer.
W:
Bien sûr que non.
M:
Mais je peux faire cesser le rejet et la haine.
W:
Oui.
M:
Je resterai ici et ne m'enfuirai pas.
W:
Bien. Apprends à accepter la souffrance utile. De s'enfuir te priverait d'une bonne opportunité pour le faire.
Donc, en un mot: apprends à accepter la souffrance qui survient d'une situation dans laquelle tu te trouves, et ne concède aucune réalité aux pensées qui jaillissent en réaction.
***
M:
C'était un e-mail très important et exigeant, Wolfgang.
W:
Rien ne sort de rien, même pas le néant.
M:
Je le mets en pratique. Et, enfin, je ne sais pas. Parfois c'est très mauvais, parfois c'est très bon, et parfois c'est un peu entre les deux, ouvert. Ce n'est pas bon d'en parler, mais je tiens à te l'écrire. Surtout parce que ça me semble tout trop simple. Je lis quelque chose et l'essaye et d'une manière ou d'une autre ça marche, mais je n'y fais pas confiance. Qu'en est-il du travail d'identité de Wolinsky? Qu'en est-il des traumatismes d'enfance?
W:
Nous les avons tous eu.
Le genre de "travail sur soi-même" que je recommande s'adresse directement à ce qui est essentiel.
Je n'ai rien contre les gens qui travaillent sur leurs traumatismes d'enfance, mais je te suggérerais de t'en abstenir, et aussi longtemps que cela te convient, de mettre en pratique ce que je t'offre et de ne pas le comparer avec d'autres approches.
M:
Et d'une façon ou d'une autre, j'aime bien faire tout ceci. Je ne m'enfuis plus, je suis ici.
W:
Bien.
M:
Pas nécessairement avec joie et amour, mais je suis là en tout cas.
W:
Très bien.
M:
Que fais-tu pour toi même? Y a-t-il des moments quand toi aussi tu ne veux pas être là pour ta famille?
W:
Avec moi il y a plus un "aller vers être seul" qu'un "m'en aller de la famille". Mais je n'expérimente pas ça comme une fuite, mais comme quelque chose de complètement naturel. Qu'est ce qu'il me resterait à faire puisqu'à la base tout va toujours bien?
M:
Qu'en est-il des excursions mentales vers le passé et le futur, en général?
W:
En général je dirais : seulement quand c'est nécessaire pour le fonctionnement, c'est à dire pour planifier/organiser.
M:
Cette illumination qui se développe - ce n'est pas la chose ultime, n'est ce pas? D'une manière ou d'une autre, ça continue toujours à se développer? Cela me rappelle les emballages de bonbons: le bonbon est enveloppé, puis on développe l'emballage.
Par conséquent, l'illumination n'est pas un but que l'on atteint à un moment donné et puis c'est fini--c'est la continuation d'un chemin?
W:
Bon, il y a des indications qui nous signale que nous avons passé l'obstacle, mais seulement en le comparant avec le temps lorsque ce n'était pas encore le cas. Tu as raison, il n'y pas de réalisation finale, ultime. Mais peu à peu, (après quelques années) il vient une certaine sécurité. Jusqu'à ce moment, il est presque toujours nécessaire d'être avec un maître.
La question de sens s'arrête, ainsi que la préoccupation avec le psychisme et la spiritualité en général. Sauf quand je mène mes fonctions de maître, je suis totalement détaché de ces sujets. J'aime regarder la télé, faire le ménage, internet et activités sur ordinateur, mettre de l'ordre dans mes affaires, et bien sûr enseigner.
M:
Le chemin à soi-même? A travers soi? Vers qui sait où?
W:
Oui, ou:" vers qui ne sait pas où?"
M:
C'était ainsi pour toi aussi Wolfgang -- que tu as réduit ta vie? Pas trop de plans, boulots?
W:
Oui, des plans dans la mesure où ils sont appelés. Je fais juste ce que j'ai à faire.
C'est ainsi pour la plupart des gens qui ont travaillé avec moi: ils continuent à faire ce qu'ils faisaient tout au long. Le rêve de faire quelque chose de mieux dans le futur (dans 5 minutes ou 5 ans) s'était crevé comme une bulle. Et lorsqu'on ne croit plus en ça, on n'entreprend plus des choses avec des motifs comme :"si je fais ceci, je me sentirai bien/mieux.
M:
Rendre service à des gens? Projets?
W:
Cela peut arriver, mais ça vient à partir du contexte. Le contraire peut se passer également. Tout est possible dès qu'on a plus d'idéologie ou de maximes pour être guidé dans la vie. Pendant les rares occasions où je m'observe à dire ou faire quelque chose, je vais de surprise en surprise. Rien n'est prémédité, rien n'est basé sur une philosophie en particulier.
M:
Je remarque que quelquefois j'ai des trous terribles de mémoire, mais ça ne me gène pas autant que mon entourage. Je perds particulièrement de vue les dates et l'heure. "Quand sommes-nous sortis à dîner? Ma femme l'interprète comme un manque d'intérêt.
W:
Tu ne pourras pas empêcher les autre d'interpréter(ou mal interpréter) ton comportement.
Par exemple, si tu avais une super mémoire, ton épouse pourrait l'interpréter comme étant de la "jalousie". Elle pourrait se sentir constamment surveillée, même dans ce cas (purement fictif) où tu serais entièrement libre de toute sorte de jalousie.
M:
Ma perception du temps a changé. Sans réveil ou montre je suis incapable d'être à l'heure pour les rendez-vous.
W:
Oui, c'est normal. Un bon signe. Je crois que je l'ai expliqué dans mes écrits.
Veille à être bien organisé et écris immédiatement tout ce qui est important dans un agenda et regarde le plusieurs fois par jour.
Une montre fiable est très utile aussi.
La faculté de la mémoire s'effrite peu à peu, mais tu retiendras juste ce qu'il faut afin de garder tes affaires en ordre. Et c'est toute la mémoire dont tu aies vraiment besoin. Toutes les accumulations de mémoires ne valent rien de toute manière. Et lorsque le contexte l'exige, tu seras surpris de voir comment en général toute l'information nécessaire survient, comme par magie.
M:
Quand quelqu'un me demande "comment vas-tu," je dois toujours vérifier s'il y a bien quelqu'un là pour répondre. C'est assez marrant.
W:
Cela semble bien.
M:
Je suis en train de me faire la réputation d'un personnage légèrement distrait, gros et parfois agressif.
W:
Fondamentalement ça ne fait pas beaucoup d'importance comment les autres te perçoivent. Le plus important est que tu aies ta paix et tranquillité et ne te fassent pas remarquer inutilement.
M:
C'était beaucoup de bavardage, Wolfgang. Mais ma connexion avec toi est très importante pour moi.
W:
Comme Korzybski a dit : "Les mots ne sont pas de quoi nous parlons."
***
M:
Cela devient de pire en pire, de plus en plus d'engueulades avec ma femme et mes enfants et un triste calme à l'intérieur de moi. D'une certaine façon, ils se regroupent contre moi.
W:
S'il te plaît efface la pensée exprimée dans cette dernière phrase du début à la fin. Prends l'habitude de penser systématiquement en faits et d'éliminer tout de suite les interprétations et lectures de pensées.
M:
Tous les soirs je lis "Siddhartha" de Hermann Hesse. C'est mon livre favori.
W:
Bon sang. Les beaux rêves sont du poison aussi. Donc, aussi dur que ça puisse être, débarrasse-toi de Hesse. Pas dans la poubelle cette fois-ci, mais au marché aux puces, ou offre-le à ta mère...
Hahaha.
Lecture de chevet recommandée: " Je suis cela" par Nisargadatta, le maître de Wolinsky.
M:
Je fais l'expérience de plus en plus souvent, quand les choses deviennent plus calmes, que ma conscience "recule". C'est comme si j'étais tiré en arrière, et puis tout devient plus calme.
W:
Bien.
M:
Dans mon enfance, lorsque j'avais une fièvre haute, je voyais mon corps comme dans un télescope inversé. Ceci me faisait très peur. Mes entraîneurs en PNL ont dit que c'était des hallucinations hypnotiques. Je ne le crois pas. Je pense que c'était une sorte de déconnexion comme j'en fait maintenant l'expérience. Quelque chose en moi commence à s'écarter, à se séparer.
W:
Je suis d'accord. Je suis sûr que tu as une idée de ce qu'est l'extase. Et bien, ce que tu décris me semble être ce que je nomme "l'instase" (comprends-tu intuitivement le sens de ce mot?), un stade important sur le chemin de la libération.
M:
Les polarités deviennent très fortes à présent. Pour plusieurs heures de suite je m'entends bien avec ma famille, puis je pourrais les tuer. Et puis il y a des moments quand je suis entre les deux. Tous ces états changent très rapidement.
W:
Oui, bien. Normal. Comme un ouragan. Et parfois tu es au centre.
M:
Mais je remarque presque toujours quand ça commence; parfois je peux mettre les freins, quelquefois je perds simplement le contrôle. Puis j'engueule les enfants. Ce qui a cessé est "de me condamner après".
W:
En dépit de tout le trouble, essaye d'être juste.
M:
Maintenant je suis simplement au milieu, quelquefois en profonde tristesse, quelquefois juste comme ça. Pas de but, pas de désir. Sauf que ceux qui y sont impliqués ne devraient pas tant souffrir à cause de moi. Que je puisse le garder plus pour moi, afin que ça n'éclate pas ainsi.
Oui, c'est vrai, c'est une solitude totale. De plus en plus maintenant, je tente d'être avec moi-même, à m'asseoir, me coucher, faire du yoga, le Feldenkrais, surtout sans rien faire. Puis je me "ressource".
W:
Oui, être attiré par la "solitunité.." cela aussi est normal.
M:
Suis-je responsable du fait que mon épouse ne fait rien pour elle-même?
W:
Non.
M:
Que je lui offre l'opportunité de prendre du temps libre et qu'elle ne le fait pas?
W:
Tu n'es pas responsable pour elle. C'est mieux si tu arrêtes complètement d'attendre quoi que ce soit d'elle en ce qui concerne le développement personnel.
M:
Qu'elle m'appelle un égocentrique?
W:
Ne t'inquiète pas de ce qu'elle dit de toi. Mets-le dans la même boîte où tu ranges toutes choses qui n'ont pas de signification pour toi.
M:
Je pense souvent maintenant que je n'aurais pas dû l'épouser.
W:
Prends l'habitude d'accepter toutes les décisions que tu as pris dans le passé (que ce soit il y a 5 minutes ou 5 ans ne fait pas de différence) ainsi que leurs conséquences, sans regrets, 100%, et accepte les résultats que ces choix te laissent à présent.
J'observe ce qui est.
Tout était tel que c'était. Point.
Tout est tel que c'est. Point.
Je fais ce qui est requis. Point.
Pas plus ni moins. Point.
continuer